Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n’étions pas toi et moi – Albert Espinosa

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Titre : Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n’étions pas toi et moi
Auteur : Albert Espinosa
Année : 2013
Pages : 216

Note : 8/10

Résumé 

Madrid, 3 heures du matin. La mère de Marcos, une célèbre chorégraphe, est morte la veille. Insomniaque, Marcos rêve de s’injecter le médicament qui lui permettra de ne plus jamais avoir besoin de dormir. Marcos a aussi un don : il voit dans les souvenirs des gens ; c’est pourquoi la police fait souvent appel à lui. Aujourd’hui, il doit examiner un « étranger » et tenter de découvrir sa véritable identité. Une rencontre qui se révélera surprenante. Best-seller en Espagne, ingénu et transgressif, Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n’étions pas toi et moi est un hymne à l’amour impossible sur terre et peut-être ailleurs.

Critique 

Il y de ces livres qui nous transportent. On voyage. Albert Espinosa nous en propose deux très distinct : un dans le  » futur  » en même temps qu’une invitation à suivre le cours de sa pensée lors d’une aventure un peu folle et surréaliste.

Après la mort de sa mère, Marco, veut se payer le médicament qui empêche de dormir toute sa vie. Il m’est apparut qu’Espinosa veut ici critiquer la société qui va à toute vitesse, qui veut faire le plus d’argent possible, qui ne s’arrête jamais, qui court après le bonheur alors que celui-ci est déjà derrière. Plusieurs citoyens dans ce roman ont arrêté de dormir. La mise en place de ce  » mode de nuit  » est très bien présentée. J’ai trouvé ce passage fascinant.

Derrière le pseudo-fantastique se cache un monde fondamentalement humain. Le context d’écriture et le monde nouveau dans lequel les personnages évoluent n’influencent pas réellement leur caractère. Ce roman est loin d’être un roman fantastique avec des monstres, des super-pouvoir et tout ça, mais il n’est pas collé sur notre réalité, il y a des éléments surnaturels : Un extra-terrestre, un pouvoir spécial, des gens qui ont arrêté de dormir, mais le texte reste un hymne à l’humanité dans ce qu’il y a de plus beau: l’amour.

Le roman d’Espinosa est construit de court chapitre qui portent tous des titres accrocheurs et intrigants. C’est simplement parfait et adapté pour un public général !  L’écriture m’a accrochée non pas par son style lyrique époustouflant, mais par sa simplicité et sa facilité à représenter les vrais pensées humaines. Au fil de l’histoire, le lecteur assiste au parcours intellectuel que fait Marco. Il pense à quelque chose, dérive sur un souvenir de sa mère, revient, repart. J’ai adoré. Le personnage est tout simplement charmant avec ses angoisses, ses peines, ses joies.

Ce roman est un bel hymne aux amours impossibles, à l’appréciation de la vie telle qu’elle est, à la perte d’un être cher, à la relation parent-enfant. Personnellement, je n’ai pas été déçu de ce petit achat. Un livre que j’aurai du plaisir à relire des extraits aléatoirement.

J’ai éclaté en sanglots. J’ai un faible pour cette expression. On n’éclate jamais de faim ou de froid. En revanche, on éclate de rire ou en sanglots. Il est des sentiments qui justifient qu’on vole en éclats.

 L’amour et le sexe nous sont parfois si étrangers que seuls les étrangers sont susceptibles d’y comprendre quelque chose.

Pronconcée à voix hautes, certaines paroles sont susceptibles de révéler des secrets d’une intensité que nous serions peut-être incapables d’assumer.
Karo.
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Les fous de Bassan – Anne Hébert

Titre: Les fous de Bassan
Auteur: 
Anne Hébert
Année: 1982
Pages: 248

Note: 8/10

Résumé: 

Un des derniers soirs de l’été 1936 deux jeunes adolescentes disparaissent sur la grève. Dans le village de Griffin Creek, face à la mer et au vent, chacun sait que cette tragédie vient de loin : de l’histoire d’un peuple soumis aux commandements de Dieu.
C’est à Faulkner sans cesse que l’on pense, un Faulkner boréal, dont le bruit et la fureur se cacheraient sous les mots.
– Mathieu Galey, l’Express

Critique 

Ouf. J’ai refermé ce livre en me disant: « il  y a de ces romans qui te font réaliser que la langue française est un instrument redoutable lorsqu’on sait la maîtriser. »

Anne Hébert, ce nom vous l’avez sûrement entendu quelque part, il est sur toutes les lèvres qui parlent de littérature québécoise le moindrement. Elle est un des piliers et une des fiertés des Québécois. Maintenant, je sais pourquoi.

J’ai de la difficulté à décrire son style, il est très lyrique, mais les défis de vocabulaire sont assez grands parfois. Elle emploie des images pas souvent évidentes, mais très belles et très exactes. Le genre d’images qui vous donne des frissons, tellement c’est bien dit. L’immense force (qui pour la plupart des lecteurs seraient considérées comme un défaut) est les descriptions. Le ratio de trame narrative versus description est de 1/2.

Il ne faut pas s’attendre à un roman d’action lorsqu’on commence Les fous de Bassan. C’est un roman qui porte sur la disparition de deux petites filles, mais leur disparition survient très tard dans le roman. La construction du récit est ingénieuse. J’ai adoré. Il est séparé en cinq partie (je crois). Chaque partie représente le point de vu d’un personnage, soit par le biais d’un journal intime ou d’une lettre. On découvre donc l’histoire sous différents points de vus, des avis intimes. Cela nous empêche de connaître tout en même temps. C’est très bien exploité.

Le récit se construit en filigrane autour de la vie personnelle de plusieurs personnages. L’arbre généalogique est un peu compliqué à saisir au début, mais bon. Bref, chapeau à la forme!

Les thèmes abordés sont plutôt tabous pour l’époque et donc audacieux. L’inceste, le viol, les crimes de guerre, la religion, le fait de désirer sexuellement des jeunes filles lorsqu’on est un homme mature… Je ne m’attendais vraiment pas à lire un récit qui pataugeait dans ces eaux. Je reconnais par contre que ces thèmes sont très bien exploités. Wow.

Ce roman ne s’adresse pas à un public général. Il faut être un lecteur prêt avant de se lancer. Il ne faut pas demander de l’action et des péripéties. Il faut être curieux de la vie personnelle. Il faut avoir un vocabulaire plutôt vaste (ou un dictionnaire). Il ne faut pas avoir de barrière morale au sujet de la religion. Il faut être ouvert sur plusieurs thèmes lourds. Il faut y plonger sans attente, sans crainte et s’abandonner au monde qu’Anne Hébert nous propose. Si vous suivez toutes ses recommandations, je crois que vous apprécierez cette lecture. Moi je garde de ce livre, le souvenir impérissable de mon souffle coupé devant le talent phénoménal d’auteure d’Anne Hébert et devant un récit si profond, surprenant, horrifiant, envoûtant.

« Et s’il m’appelait tel qu’en lui-même aujourd’hui, en quelque lieu qu’il se trouve, ne suis-je pas absente de mon nom, de ma chair et de mes os, limpide que sur la mer comme une larme ? »

« Les mots eux demeureront intacts, ne se briseront jamais, résisteront à l’émiettement des nerfs, à l’éclatement des larmes, au passage du temps. Ces mots qu’il lui a lancés ce soir, sur le seuil de la porte, à travers le grillage, sans même prendre la peine d’entrer. Autant de pierres pour la tuer dans l’obscurité. On ne peut pas dire qu’elle ait vu son visage, mais seulement sa bouche retroussée sur ses dents blanches. Son souffle rauque dans le nuit. »

« L’abîme de la mer nous contient tous, nous possède tous et nous résorbe à mesure, dans son grand mouvement sonore. »
« Rien ne bouge encore dans le ciel, qu’une vague lueur derrière les nuages épais. On pourrait croire que le jour n’aura pas lieu. Si on ne savait pas, de source certaine, à force de vivre, que tant que tournera la terre il y aura des jours succédant aux nuits et des nuits succédant aux jours. Un jour pourtant ce sera la fin du monde. Les ténèbres accumulées ne livreront plus passage au soleil. L’éclair de l’ange paraîtra à l’horizon. Ses ailes métalliques. Sa longue trompette d’argent. Et l’ange proclamera à grande voix que le temps n’est plus. »
Ps: Il y a une adaptation cinématographique, mais je ne l’ai point vue.
Pps: Ce livre est gagnant du prix Fémina (un prix qui souligne selon 30 femmes jury, le meilleur livre poétique de l’année)
Karo.

Oscar et la dame rose – Eric-Emmanuel Schmitt

Titre: Oscar et la dame rose
Auteur: Eric-Emmanuel Schmitt
Année: 2002
Pages: 100

Note: 9.2/10

Résumé

Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Marie Rose, la dame rose qui vient lui rendre visite à l’hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d’Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants. Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d’amour, ces douze jours deviendront légende.

Critique

Ce roman prend une heure à lire et deux jours à digérer, sans parler de notre vie entière qu’il affectera.

L’histoire est plutôt basique et j’avais des doutes sur le traitement. Il est très facile de tomber dans le mélodrame pathétique lorsqu’on aborde des thèmes comme la maladie et la mort. Or, connaissant un peu Eric-Emmanuel Schmitt, j’avais confiance qu’il nous présenterait un aspect différent de ces thèmes. C’est ce qu’il a fait. Une totale réussite!

J’ai entendu parler de ce livre tellement de fois que je m’étais créé des attentes démesurées. Et malgré leur hauteur, Schmitt a réussit à les frôler!

Je voulais que ce roman me surprenne. Il m’a surpris. J’étais loin de me douter que le « punch » serait écrit au verso du livre et j’étais encore plus surprise de constater qu’une oeuvre peut être surprenante, même lorsque tout est écrit d’avance. Un simple style, un simple dialogue peut captiver un lecteur à ce point. Wow. Quel travail!

Ce roman est un voyage. Les douze derniers jours d’Oscar. Le douzième jour, la douzième lettre, je savais en la lisant que c’était la dernière. Cette connaissance de la mort à la fin d’Oscar apporte une expérience de lecture différente. Le lecteur redoute la fin jusqu’à la dernière page. Je ne voulais pas la tournée, j’affirmais ma rébellion littéraire espérant que la fin change sous mes yeux. Impossible. J’ai du tournée la page.

Le roman est divisé en 12 lettres narratives qu’Oscar écrit à Dieu. Il nous fait part du récit de ses derniers jours à l’aube du nouvel an. La Dame rose l’accompagne tout au long de ce chemin. Elle égaye la vie du petit par toutes sortes de manière.

Dans ce roman, nous assistons à la naissance et l’accomplissement d’une vie entière, plutôt qu’à la déchéance de celle-ci. Vivre une vie en douze jours, c’est vivre une vie à un rythme effréné et en profiter pleinement. C’est ainsi qu’on devrait vivre…

Parsemé de passages drôles qui vous accrochent un sourire aux lèvres, ce roman porte des thèmes lourds tel que la maladie, le deuil, la mort, la théologie, l’existence de Dieu, la famille. Et tout ça en seulement 100 pages écrites en caractère 18!

Ce livre est une bourrasque de vie, d’espoir, de rires, de larmes. Je le recommande à tous sans exception. Je répète. Sans exception

« – Les questions les plus intéressantes restent des questions. Elles enveloppent un mystère. À chaque réponse, on joindre un « peut-être ». Il n’y a que les questions sans intérêt qui ont une réponse définitive. »

« – J’ai l’impression, Mamie-Rose, qu’on a inventé un autre hôpital que celui qui existe vraiment. On fait comme si on ne venait à l’hôpital que pour guérir. Alors qu’on y vient aussi pour mourir.
– Tu as raison, Oscar. Et je crois qu’on fait la même erreur pour la vie. Nous oublions que la vie est fragile, friable, éphémère. Nous faisons tous semblant d’être immortels. »

 

Karo.

À noter qu’il y a une adaptation cinématographique (que je n’ai pas vue) : Bande-Annonce et Film complet 

 

La valse lente des tortues – Katherine Pancol

Titre : La valse lente des tortues
Auteur: Katherine Pancol
Date: 2008
Pages: 747

Note: 9/10

Résumé 

Qu’un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s’en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l’argent de son best seller, celui que sa soeur Iris avait tenté de s’attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode.

Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu’au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l’aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d’oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l’a chavirée.

Autour de l’irrésistible et discrète Joséphine, gravite une fois encore tout un monde de séducteurs, de salauds, de tricheurs et autant d’êtres bons et généreux. Comme dans la vie.

Quatrième de couverture 

Ce livre est une bourrasque de vie…
Un baiser brûlant du seul qu’on ne doit pas embrasser.
Deux bras qui enlacent ou qui tuent.
Un homme inquiétant, mais si charmant.
Une femme qui tremble et espère ardemment.
Un homme qui ment si savamment.
Une femme qui croit mener la danse, mais passe son tour.
Des adolescents plus avertis que les grands…
Un homme qui joue les revenants.
Un père, là-haut dans les étoiles, qui murmure à l’oreille de sa fille…
Un chien si laid qu’on s’écarte sur son passage.
Des personnages qui avancent obstinément, comme de petites tortues entêtées qui apprendraient à danser lentement, lentement, dans un monde trop rapide, trop violent…

Critique 

Le quatrième de couverture mystérieux a su déceler mon attention dès les premiers mots. C’est donc la tête vide (ou presque) que j’ai commencé ce livre. Je n’avais pas d’attente, car j’ignorais tout de l’histoire et tout de l’auteur (presque).

Dès les premiers chapitres (non numéroté et sans titre), l’histoire m’a fascinée. Il y a tant de personnages, tant de petits univers qui se croisent, qui s’enlacent, qui se chevauchent et qui se séparent. Le monde de Joséphine est un monde où tous possède une capitale importance. Chaque détail vaut le détour dans ce roman. Il faut toutefois être très attentif lors de la lecture, ce n’est pas un de ces livres qu’on peut lire la tête en l’air en passant la moitié des pages (de toute façon vous n’aurez pas envie de passer de pages!). Il faut être concentré et plongé dans l’univers que nous propose Pancol, car il est très facile de s’y perdre! Le nombre de personnages « importants » doit s’élever à plus de vingt! Vingt personnages dont on connait la vie, leur attitude, leur point de vue et autres.

Une des forces de ce roman est d’ailleurs la multiplicité des points de vue. On a donc accès à plusieurs visions différentes, on en connait toujours plus que le personnage principal et cela rend la lecture très addictive.

C’est un détail, un chichi de princesse, mais j’ai adoré retrouver des citations de mes auteurs préférés comme Romain Gary. Ce livre fait l’étayage des connaissances littéraires et de toutes sortes de Katherine Pancol. Il nous apprend plusieurs choses sans vraiment être le but de l’oeuvre. J’ai bien aimé cela.

Puisque nous en sommes au style et à la construction du récit… L’écriture de Katherine Pancol m’a bouleversée. Elle sait décrire les événements dramatiques avec une légèreté impressionnante. Par légèreté, je veux dire  qu’elle utilise des mots, des comparaisons simplistes qui viennent rejoindre profondément le lecteur. Elle utilise le quotidien banal pour décrire un réel imaginaire extraordinaire!

Le réel que présente l’auteure est parsemé de plusieurs éléments fantastiques qui allimentent le récit et lui donne un ton particulier. Je comparerais ceci avec les contes de Fred Pellerin (peut-être un peu moins fantastique, par contre) ou à La Fiancée Américaine d’Éric Dupont! Ce genre de  « récit fantastique réel » est tout simplement superbe lorsqu’il est bien réalisé. C’est le cas ici!

De plus, Katherine Pancol construit chaque chapitre en suivant un ligne directrice particulière. Elle s’intéresse au détail de la vie. Au-delà de l’histoire, il y a un monde complet qui grouille et frétille et elle n’en fait pas omission! L’exemple parfait qui me vient en tête pour expliquer ceci est: un chapitre où Gary et Hortense ont une discussion importante sur le futur et Hortense regarde un piéton qui vient d’échapper son beignet par terre et elle le juge. La discussion est entrecoupée de passage descriptif de l’extérieur de la scène principal. Ce qui donne au lecteur une vue globale.

Cet aspect du roman m’a fait comprendre que la vie c’est exactement ça. On essaie de prendre un obstacle à la fois, d’être ordonné, mais au fond, la vie n’est que dé-concentration. Il y a toujours un million de choses qui se déroulent en permanence et nous nous prêtons à ce jeu. Nous suivons la valse emporté par le rythme effréné de la vie.

En conclusion, La valse lente des tortues s’adresse à un large public. Le roman regroupe plusieurs style: le policier, le dramatique, la comédie, le récit de voyage, la romance et j’irais même jusqu’à dire le fantastique. Je le conseil à tous. Quoique peut-être un peu trop volumineux pour les lecteurs débutants… Or, un nombre de page ne devrait jamais être un obstacle, car ce n’est pas la quantité qui repousse un lecteur, mais bien le contenu. Et ce contenu est tout simplement superbe. (oui. je suis en amour avec cette nouvelle découverte!)

« Quand on a des fleurs à offrir, on ne les donne pas la tête en bas, les tiges en l’air, sinon l’autre ne voit que les épines et se pique. Moi, je fais ça avec les sentiments, je les offre à l’envers.»

« La société, aujourd’hui, ne croit plus à l’âme. Elle ne croit plus en Dieu. Elle ne croit plus en l’Homme. Elle a aboli les majuscules, met des minuscules sur tout, engendre le désespoir et l’amertume chez les faibles, l’envie de déserter chez les autres. Impuissants et inquiets, les sages s’écartent, laissant le champ libre aux fous avides. »

« Mais le douleur, elle, ne s’émousse pas. C’est étrange d’ailleurs : l’amour s’use, mais la douleur reste vivace. Elle change de masque, mais demeure. On ne finit jamais de souffrir alors qu’on finit, un jour, d’aimer. La vie est mal faite ! »
Karo.

Le liseur – Bernhard Schlink

Titre : Le liseur
Auteur: Bernhard Schlink
Date: 1999
Nombre de pages: 242

Résumé: À quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d’une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l’un de leurs rites consiste à ce qu’il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain.
Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de ses études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l’insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais.
Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : «Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération (…) que j’aurais moins bien su camoufler que les autres ?»

Critique:  J’appel chef-d’oeuvre un roman qui réussit à dépasser son histoire, un roman qui vient décrocher en nous une petite partie de notre coeur, une partie qu’on ne retrouvera plus. Le liseur est partie avec ce petit bout de moi et c’est en fermant le roman que je m’en suis rendu compte.

L’histoire se divise en trois temps, premièrement, la rencontre avec Hanna et le début de leur histoire d’amour. Le portrait de leur relation qui nous est livré est un des plus sincères, des plus beaux que j’ai vue. Le rapport d’opposition entre l’âge, l’expérience, la naiveté est tout simplement magnifique. La lecture qui les unit, leur inter-dépendance chacun à l’autre. Wow.  L’écriture naïve  nostalgique du narrateur vient donner une véracité encore plus poignante au récit.

La deuxième partie est le point tournant de l’histoire. Hanna part sans avertir et Michael la revoit seulement 7 ans plus tard, lors du procès de celle-ci. Dans cette partie, on voit la nécessité et l’attachement qu’aura toujours Michael envers Hanna peu importe ce qu’elle a pu faire. *Je ne veux pas gâcher des punchs*. Bref, la troisième partie boucle la boucle sur leur histoire.

Donc, ce roman se surpasse lui-même. Cette histoire est une ouverture sur nous-même, sur les choix que nous prenons, sur les motifs qui nous poussent à agir, sur la culpabilité, sur le silence, l’éducation, la place de l’opinion publique. Ce roman m’a permis de me remettre en question et c’est un critère que je juge presque capital dans une oeuvre.

Je le recommande à un public sensiblement très général, car l’histoire est excellente et chacun peut en ressortir ce dont il a besoin. Schlink a atteint l’universelle faisant du Liseur, un chef d’oeuvre.

À noter que l’adaptation cinématographique de cette oeuvre est excellente (c’est rare un film qui reflète aussi bien un roman)
La bande-annonce ici:  Le Liseur 

«Je songeai que quand on a laissé passé le bon moment, quand on a trop longtemps refusé quelque chose, ou que quelque chose vous a trop longtemps été refusé, cela vient trop tard, même lorsqu’on l’affronte avec force et qu’on reçoit avec joie. »

« Elle combattait depuis toujours, non pour montrer ce dont elle était capable, mais pour dissimuler ce dont elle était incapable. C’était une vie dont les élans consistaient à battre vigoureusement en retraite, et les victoires à encaisser de secrètes défaites.»

«Mais on était heureux ! Parfois le souvenir n’est déjà plus fidèle au bonheur quand la fin fut douloureuse. Parce que le bonheur n’est pas vrai s’il ne dure pas éternellement ? Parce que ne peut finir douloureusement que ce qui était douloureux, inconsciemment et sans qu’on le sût ? »

 

Karo.

Et au pire, on se mariera – Sophie Bienvenu

Titre : Et au pire, on se mariera
Auteur: Sophie Bienvenu
Date: 2012
Nombre de pages : 152

Note: 7/10

Résumé: Centre-Sud. Entre la Sainte-Catherine, Mel et Jo, les putes travesties, et le parc jonché de seringues, Aïcha traîne son enfance cassée par son beau-père. Elle rencontre Baz et devient amoureuse. Une chose grave leur arrivera. Pour sauver sa peau, pour protéger Baz, Aïcha, forcée de s »expliquer à une travailleuse sociale, revoit son histoire et multiplie les versions des faits. Dans un monde si mal foutu, qui dit vrai et qui peut dire où se situe la réalité ? Une confrontation déchirante et drôle où l »émotion court. La langue à fleur de peau de Et au pire, on se mariera se trouve à la croisée du romanesque, du théâtre de rue et de la déposition.

Critique: Ce livre est finaliste au Prix littéraire des collégiens. Même si le titre peut laisser penser à un roman plutôt humoristique, ne vous trompez pas. (quoi qu’il y a des petites touches d’humour qui viennent enlever un peu de lourdeur à l’oeuvre, HEUREUSEMENT). Il est plutôt dramatique, frisant le psychologique.
Ce roman aborde des thèmes sensibles. La difficulté de l’enfance, la « pédophilie », la noirceur du milieu de la rue, le mensonge, principalement. Sophie Bienvenu dépeint une réalité brutale, celle de la rue pour une enfant de 13 ans. L’âge du narrateur est un élément choc dans cette histoire. Il est difficile d’accepter qu’une enfant peut faire face à un quotidien si adulte, si dure.
La narration de cette oeuvre est faite au « je ». C’est un long monologue dans lequel Aicha raconte son histoire avec Baz. L’auteur a choisi d’écrire en langage populaire, mais TRÈS populaire. Les « anyway », «genre», «fake», jonchent le récit, SANS POURTANT (c’est très important), déranger la lecture. Le tout m’a semblé très fluide. C’est un exploit.
Ce qui est étonnant et sans doute le point fort du roman, c’est que le narrateur peut nous emmenez n’importe où. Nous la suivons les yeux fermés. On a pas le choix de lui faire confiance, mais, à un certain moment, elle nous ment. Elle nous raconte des passages, mais nous sommes dans l’incertitude de la vérité du récit tout au long du roman. C’est un aspect très intéressant, le lecteur a une quête de démêler le vrai, du faux.
Bref. Je n’ai pas adoré l’histoire, ce n’est pas un coup de coeur, mais je reconnais que le travail de l’auteur est très bien fait. Ce roman mérite sa place au prix littéraire des collégiens. Je recommande ce roman aux personnes aimant les drames et étant ouverts d’esprit. Il faut une certaine ouverture pour accepter le style de l’auteur et embarquer avec elle dans cette histoire.

« Pis là, il t’arrive plein de trucs qui font que tu viens… épuisée, genre. Mais vraiment épuisée, je parle. Épuisée comme quand t’as plus du tout de vie en dedans. T’es vidée de ton sang, de ton eau, de tout ce qui fait que tu es toi. T’es tellement vide que t’as juste des organes qui restent en dedans. Ton coeur qui continue de battre rien que pour te narguer, on dirait.
Tu voudrais crever, ce serait reposant, mais non. Il continue de battre, ce salaud, pis chaque battement, ça t’épuise encore plus, c’est de la torture. Tu voudrais supplier, mais t’as personne à supplier. Tu pourrais demander à Dieu d’arrêter de te faire chier, mais ça se saurait s’il répondait aux requêtes, mettons qu’il existe, genre. »
« Il pleurait, mais des fois tu peux pleurer de colère ou de mal. Des fois tu peux être triste, mais pas pour la raison pour laquelle tu devrais être triste. »
Karo.

Juillet – Marie Laberge

Couverture Juillet

Titre: Juillet
Auteur: Marie Laberge
Date de parution: 1989
Nombre de pages: 224 pages

Note: 8,7/10

Résumé: Une fête familiale, intime, toute simple. Une célébration orchestrée par Simon, aidé de son fils, de sa belle-fille et un peu de son petit-fils, Julien. Une sorte d’harmonie qui craque pourtant sous l’élan irrépressible du désir. Le désir dérangeant, inopportun, sauvage. Le désir et l ‘amour de Simon. Et ce n’est pas pour sa femme, la jubilaire, qu’en ce jour de juillet Simon brûle…

Critique: Lorsque l’histoire d’un livre semble simpliste, l’auteur doit avoir un style et une présence  hors du commun pour accrocher le lecteur. Et c’est dans ces cas là, qu’on peut dire qu’une oeuvre devient un chef-d’oeuvre. C’est le cas de Juillet.

Marie Laberge est définitivement une grande femme de la littérature (j’aurais pu dire: littérature québécoise, mais non. Son talent se compare avec celui des plus grands auteurs du monde entier). Son vocabulaire est précis, sans pour autant apporter une lourdeur non-voulu au texte. Chaque phrase a été pensé et retravaillé. L’écriture de ce roman me laisse sans mot. Marie Laberge joue avec les cassures de ton. Normalement dans un roman « populaire », cela aurait été un point très négatif nous faisant perdre l’histoire de vue… mais pas dans ce cas-ci. Car, tout est pensé. Si elle change de ton et de style au court d’un paragraphe, il y a une raison. C’est dans ces subtilités de la langue que j’aime voir un auteur s’aventurer! Un texte évolue tout autant, sinon plus, par ce qui n’est pas écrit. C’est dans les silences et l’absence de détails que le texte prend tout son sens. Le lecteur a un poids énorme sur les épaules, le poids de tracer lui-même le récit et de déduire ce qui n’est pas mentionné. J’adore. Il faut une plume de maître pour réussir un tel exercice de style.

Les personnages! Ils sont tous bien ficelé  ils ne sont pas stéréotypés. Ils sont vrais! Ils sont complexes, je pense ici, au personnage du fils qui voit sa femme se détacher de lui, son mariage est en ruine, il est mal dans sa peau et il veut à tout prix l’amour de son père. Les caractéristiques de se personnage se complexifie plus le roman avance. Marie Laberge jongle avec le meilleur et le pire d’un être humain. Il n’y a pas de bons, pas de méchants. Nous sommes simplement qui nous sommes, avec nos jours noirs et nos jours gais.

L’intrigue du roman n’est pas rempli d’action, tout se passe en subtilité. C’est ce que j’ai adoré. L’action est limité, très limité, mais pourtant mon coeur battait à tout rompre, nerveux de connaître la suite, à chaque fois que je tournais la page. Un frôlement de main peut tant dire, plus qu’un baiser amoureux, plus qu’une étreinte. Un regard est 100 fois plus puissant qu’une baise. L’importance accordé à chaque petit moment de l’existence, c’est ce que l’auteure à su rendre. L’importance de chaque geste que la personne qu’on aime pose. L’impact de l’amour fou, l’amour aveugle, l’amour interdit.

Finalement, ce roman ne s’adresse pas à un public de tous âges. Pour lire se livre, il faut avoir un intérêt marqué pour les oeuvres littéraires qui font abstraction de l’action pour se concentrer sur le style. Il faut aimer voir de belles phrases et s’en délecter. Pour une pleine compréhension du roman, je conseil d’avoir lu d’autres oeuvres du même style ou du même auteure avant de se lancer. Car, dans un roman où tout est nuance, il est très facile de s’égarer et de totalement détester cette lecture, car on aura emprunter le mauvais chemin.

« Chacun ses problèmes, chacun sa joie de vivre ou sa difficulté de vivre. »

« Mais d’où sortent-ils ces gens en fer forgé capables de maîtriser le désir furieux, de tenir tête au désespoir, de contrôler haine et amour? »

« Elle ne tient pas à l’amour si c’est cette mort constante, cet affolement de tout son être, cette avidité désespérée pour une peau, une odeur, un regard et des mains, ses mains. »

« Être au coeur de sa douleur et ne plus la ressentir. Au coeur du feu sans la brûlure. »

« David reste sur le lit, déconfit, la bouche pleine d’excuses qu’il ne peut même pas dire. Il a toujours la bouche pleine de mots imprononcés. »

« La seule éternité semble bien être ce cri inépuisable, cette constante exigence d’amour qu’il croyait bien pourtant avoir étouffé au fond de lui. »

Karo.

Passion simple – Annie Ernaux

Titre: Passion simple
Auteur: Annie Ernaux
Date de parution: 1994
Nombre de page: 76

Note: 8,5/10

Résumé: « A partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. »

Critique: Ce petit roman (qui fait à peine 100 pages), est un petit bijou de la littérature intime. Annie Ernaux y raconte sa vie, sa passion à elle (autofiction). Elle raconte son obsession, le mot n’est pas trop fort, pour un homme avec qui elle ne faisait que coucher (il est marié). Elle vit dans l’attente constante. Elle oublie de vivre pour lui. Chaque moment c’est le nom de A. (elle ne dévoile jamais son nom, son identité se résume à une simple lettre.) qui lui bourdonne aux oreilles.

Ce livre ne s’adresse pas à un public qui veut de l’action et des rebondissements, oh non! Mais bien à ceux qui veulent apprécier la beauté de la langue, car Annie Ernaux a un style très lyrique, les lignes s’enchaînent avec une profondeur insoupçonnée. Le roman est très mélancolique, le positivisme ne rayonne pas dans ce roman. Loin de là! Les émotions sont parfois douces parfois crue, brutale.

La sexualité est un thème très abordé, je le signifie pour ne pas que vous soyez choqué. (Après tout, le sexe est ce qui les unit…) Je dois aussi vous avertir, que si vous cherchez un roman qui « finit » bien, ou qui « finit » tout court, vous serez peut-être un peu déçu par la tournure des évènements. Il y a peu d’action, très peu et le roman reste un roman plus descriptif que narratif, mais j’ai adoré.

Annie Ernaux est la première auteure que je lis qui traduit aussi bien les émotions qui tiraillent une femme en amour. Nos gestes insensés, lancer un 25 sous dans une fontaine en demandant qu’il nous appelle, ne pas se sécher les cheveux pour ne pas prendre le risque de ne pas entendre son coup de fil, etc. Les réactions et les réflexions d’une fille éprise dans une passion incontrôlable sont décrites avec précision et exactitude. On se retrouve dans ce personnage, on s’attache à cette femme et à cette auteure très vite. Dommage que le roman soit si court.

« Quelquefois, je me disais qu’il passait peut-être toute une journée sans penser une seconde à moi. Je le voyais se lever, prendre son café, parler, rire, comme si je n’existais pas. Ce décalage avec ma propre obsession me remplissait d’étonnement. Comment était-ce possible. Mais lui-même aurait été stupéfait d’apprendre qu’il ne quittait pas ma tête du matin au soir. Il n’y avait pas de raison de trouver plus juste mon attitude ou la sienne. En un sens, j’avais plus de chance que lui.»

« J’aurais voulu conserver tel quel ce désordre où tout objet signifiait un geste, un moment qui composait un tableau dont la force et la douleur ne seront jamais atteintes pour moi par aucun autre dans un musée.»

« Tout était manque sans fin, sauf le moment où nous étions ensemble à faire l’amour. Et encore, j’avais la hantise du moment qui suivrait, où il serait reparti. Je vivais le plaisir comme une futur douleur. »

« Je voulais forcer le présent à redevenir du passé ouvert sur le bonheur. »

« J’ai découvert de quoi on peut être capable, autant dire de tout. Désirs sublimes ou mortels, absence de dignité, croyances et conduites que je trouvais insensées chez les autres tant que je n’y avais pas moi-même recours. À son insu, il m’a reliée davantage au monde. »

Karo