Océan mer – Alexandre Baricco

Critique

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Titre: Océan mer
Auteur: Alessandro Baricco
Année: 1998
Pages: 282

Note: 9/10

Résumé

Au bord de l’océan, à la pension Almayer, « posée sur la corniche ultime du monde », se croisent sept personnages au destin étrange et romanesque, sept naufragés de la vie qui tentent de recoller les morceaux de leur existence. Mais leur séjour est bouleversé par le souvenir d’un hallucinant naufrage d’un siècle passé et la sanglante dérive d’un radeau. Et toujours, la mer, capricieuse et fascinante…

Avec une époustouflante maîtrise, Alessandro Baricco nous offre à la fois un roman à suspense, un livre d’aventures, une méditation philosophique et un poème en prose.

Critique

Cette critique est un peu différente des précédentes. Aujourd’hui j’essayerai de vous convaincre de courir dans la librairie la plus près que vous soyez en pyjama ou à des kilomètres de brousse du centre de la ville.

Argument no. 1
L’histoire se magnifie au cours de la lecture pour arriver à être un chef-d’œuvre à la dernière page. Ce livre raconte (il ne décrit pas. Il raconte) le rapport à la mer pour le à habitants singuliers de la pension d’Almayer. Chacun apporte un point de vue différent sur l’océan. Certains tentent d’en trouve le centre, d’en marquer les limites, de guérir, de s’apaiser, de s’inspirer, de découvrir la vérité…

Argument no. 2
Une construction romanesque époustouflante divisé en trois majeure partie. Les deux premières sont focalisées sur la découverte sommaire de tous les personnages, ceci se fait évidemment par leur relation avec la mer. La troisième apporte des réponses. Elle lie les personnages, les destins étonnants. Le début peut sembler confu, mais ne vous arrêtez pas. Les clefs de la narration suivent le flot et vous lancent des bouées. Laissez vous porter par ce courant poétique.

Argument no. 3
La poésie de l’œuvre est suffisante pour convaincre les amateurs que cette œuvre est merveilleuse de la première a la dernière syllabe. Tout coule, les mots chantent et créée des images qui frappent l’esprit. Toutefois, il faut préciser que Baricco n’est pas strictement poète. Ce roman est un récit narratif avec des quêtes et des aventures. Il est entrecoupé de lettres, de poèmes, de prières modernes et autres. Ce mélange crée un résultat diversifié qui motive le lecteur à poursuivre.

Argument no. 4
La structure n’est pas la seule chose qui vous surprendra, les récits personnels de chacun sont aux limites de la réalité. Un peintre qui cherche les yeux de la mer, une petite fille qui doit s’y plonger pour guérir, un amoureux qui écrit des lettres dédiées à une femme qu’il rencontrera peut-être un jour et je ne vous dit pas tout ! Ils racontent tous ensemble les miracles comme les atrocités de la mer. Ils forment le portrait complet de ce qu’est l’océan.

Argument no. 5
Le caractère transcendant de l’œuvre devrait vous convaincre de courir à la librairie. Tout dans cette œuvre crie l’expérience infini et indescriptible de la mer: la structure valsant d’un personnage à l’autre, les réflexions sur l’infini, le caractère spirituel de cette création divine; du déluge, les horreurs des naufrages qui font remonter à la surface le pire de l’Homme.

Dans ce tableau complet de la mer, c’est en fait l’humanité qui est peinte avec toutes ces nuances. Il est impossible de ne pas y trouver son compte dans cette œuvre, car elle me semble infini, comme l’océan.

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Karo.

Daphné Disparue – José-Carlos Somoza

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Titre: Daphné disparue
Auteur: José-Carlos Somoza
Année: Écrit en 2000 publié en 2008
Pages: 217

Note:  9/10

Résumé 

« Je suis tombé amoureux d’une femme inconnue » romancier à succès, Juan Gabo ne dispose que de ces quelques mots pour reconstruire son identité. Il les a couchés sur un carnet avant l’accident qui lui a coûté la mémoire. Mais l’inconnue est-elle une créature réelle ou de fiction ? De retour au « cercle littéraire », où il a dîné le soir de la tragédie, Juan Cabo y rencontre une poignée de figures équivoques puis un détective spécialisé dans les affaires littéraires, qui lui présente une « muse » vendant des postures aux écrivains en mal d’inspiration. Dans un étonnant dédoublement de la réalité, avec Les Métamorphoses d’Ovide en surimpression, les personnages finissent par trouver leur auteur et, grand instigateur de tous les stratagèmes, l’écrivain en vient à posséder un pouvoir à faire pâlir les dieux de l’Olympe. Comme dans tous les romans qui suivront Daphné disparue, J. C. Somoza excelle à brouiller les pistes, mais ici protagoniste et lecteur jouent à armes égales : ils ne disposent que du texte pour résoudre toutes les énigmes.

Critique

Ce roman a changé ma vision de la littérature et du roman. Il m’a bouleversé. Ces simples phrases devraient être suffisante pour vous convaincre de courir à la bibliothèque la plus près.

José-Carlos Somoza est un maître de la manipulation littéraire. Il fait ce qu’il veut du lecteur. Dans ce roman, il construit un monde d’écrivain où la fiction et la réalité se confrontent. Il y a des femmes qui ont le métier de Muse inspiratrice pour les auteurs, des écrivains totalement abusifs, une femme qui aime tant son personnage qu’elle est prête à mourir avec lui. Le monde littéraire est poussé à son extrême. C’est ainsi qu’on peut d’ailleurs avoir une réflexion sur l’institution littéraire, la place de l’imaginaire, l’emprise d’un éditeur, le besoin constant de nouveauté et le prix à payer pour accéder à la gloire.

Ces questions semblent peut-être peu distrayantes pour vous maintenant, mais elles ne sont pas l’histoire. Ce roman est avant tout une oeuvre policière remplie de rebondissement totalement surprenante. Je vous promet que vous ne devinerez jamais ce qui se passe dans le prochain chapitre. Le terme policier est appropriée si on l’entend comme quête de vérité et enquête pour découvrir qui est cette femme dont le personnage principal ne se souvient pas.

D’un point de vue stylistique ce qu’il y a de fascinant c’est que l’auteur interagit avec le lecteur. Il n’est pas surprenant de voir des passages comme:  » Lecteur, ici tu croiras […] « . En nous impliquant dans la lecture, Somoza peut se jouer de nous à 100%. Le traitement que l’auteur fait du faux et vrai est génial, digne d’un grand auteur. D’ailleurs Somoza est psychiatre de profession… Il sait manier l’esprit et le fait à merveille.

La plume de l’auteur est charmante, il y a plusieurs références littéraires qui font sourire, le style est léger sans toutefois être morne, humoristique en maintenant l’intrigue. Une fois ouvert, ce livre ne se referme plus avant d’avoir franchi la dernière page.

Je conseille vivement ce roman à TOUS sans exception. Ce roman peut plaire à tout le monde, car son contenu est tellement diversifié qu’il peut faire réfléchir, divertir, captiver. Je préciserai pour finir que si réfléchir au métier d’écrivain, à l’imaginaire et à l’institution littéraire, ce roman est incontournable pour vous ainsi que pour les jeunes auteurs.

Karo.

Je ne savais pas encore qu’il y en avait un, bien sûr. Un mystère que j’allais devoir affronter. L’écrivain accepte avec effort les énigmes de la réalité : nous sommes si habitués à en inventer les arcanes que nous finissons par la confondre avec l’imagination. Mais pour toi c’est tout le contraire, lecteur. Reconnais-le : tu souffres de l’anxiété bachique de l’insolite. Le simple fait que les pages futures sont un secret te pousse à avancer. Parce que tu percevais déjà depuis le début de cette chose, qui n’est pas un roman, ni une chronique royale, ni rien qui y ressemble – je trouverai bien un nom pour le définir -, ce que je ne compris que longtemps après : tout au long coule, opalin, profond, le canal du mystère.

Quelle coïncidence. Les coïncidences sont comme l’amour et la littérature, aussi absurdes et insensées. Les coïncidences sont le roman de Dieu, qui est aussi écrivain, comme tout le monde.

 La beauté, je m’en apercevais maintenant, ne peut être décrite : il faut l’inventer.

La secte des égoïstes – Éric-Emmanuel Schmit

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Titre: La secte des égoïstes
Auteur:
Éric-Emmanuel Schmitt
Année:
1996
Pages: 
120

Note: 7/10

Résumé

Et si la vie n’était qu’un songe ?
Et si les nuages, les oiseaux, la Terre
et les autres hommes n’étaient
que visions de notre esprit ?
A Paris, un chercheur découvre par
hasard, à la Bibliothèque nationale,
l’existence d’un excentrique, Gaspard
Languenhaert, qui soutint cette
philosophie « égoïste »
dans les salons du xviiie siècle. Intrigué,
il abandonne ses travaux et part
à la recherche de ce penseur singulier.
Mystérieusement, toutes les pistes
tournent court. Sur les traces de
Languenhaert et de ses disciples, de
Paris à Amsterdam, c’est peut-être et
surtout au fond de lui-même que notre
chercheur enquête, emportant avec lui
le lecteur dans des vertiges hallucinants.

Critique 

Si seulement toutes les oeuvres philosophiques pouvaient être écrites avec autant de doigté. Ce petit livre se lit tout seul pourtant il déborde de matière théorique et de réflexions philosophiques complexes. Pourquoi ? C’est une histoire. L’imaginaire, la fiction et la philosophie se frôlent dans la quête du personnage principal qui doit retrouver Gaspar Languenhaert, le premier à avoir crié haut et fort la théorie du philosophe égoïste. Cette thèse explique que nous sommes les maîtres du monde, que c’est nous qui créons ce qui nous entoure, nous avons le pouvoir de tout changer, la vie n’est que création. Derrière ces traits existentialistes et ses airs farfelues cette théorie mérite que pendant 120 pages nous y accordons une défense digne de ce nom.

C’est justement ce parcours, cette apologie de la philosophie qui m’a attiré dans ce livre très bien construit et facile d’accès. Il faut une certaine ouverture d’esprit pour apprécier cette oeuvre. Vous en êtes averti ! Toutefois, personnellement, j’ai été captivé par cette aventure jusqu’au bout d’une philosophie.

J’ai par contre quelques réserves. Il me semble que quelque fois, le personnage se répète et que les concepts et explications reviennent un peu trop souvent et dans les mêmes formulations. J’aurais aimé aussi que la théorie soit encore plus développé, car, je crois, que Schmitt n’a pas inventé totalement. Les notions du subconscient sont très clairement empruntée à Freud et donc il aurait pu y aller encore plus en profondeur. Toutefois peut-être aurait-il perdu des lecteurs… J’imagine qu’il faut souvent sacrifier des éléments pour former un tout cohérent et ce roman l’est totalement. Bref un très bon moment.

Je recommande ce livre aux curieux, aux personnes ouvertes d’esprits prêtes à essayer de comprendre une manière qui semble farfelue de voir le monde. Si c’est vous, vous allez adorer !

La douleur? Vous touchez là une petite invention dont je suis assez fier et dont je ne cesse de me complimenter.La douleur est tout simplement une question que je me pose à moi-même pour mesurer la force de mon désir: si la souffrance m’arrête, c’est que je ne tiens guère,au fond,à la chose convoitée; mais si elle se révèle de peu d’obstacle, c’est que mon désir est fort, qu’il est profond. La douleur est en quelque sorte le baromètre de mes envies.

Ce qui est, c’est ce que je vois, je touche ou j’entends, ou ce que je me souviens d’avoir vu, touché, entendu, mais rien d’autre. Ce que nous appelons le monde est la somme de nos sensations. Nous ne connaissons pas le monde en lui-même, nous avons chacun un monde senti. (p28)

Toute haine est sans doute de l’amour déçu.

Karo

Quatre filles et un jean pour toujours – Ann Brashares

Quatre filles et un jean, tome 5 Quatre filles et un jean pour toujours de Ann Brashares

Titre: Quatre filles et un jean pour toujours (5)
Auteur: Ann Brashares
Date: 2012
Pages: 400
Note: 8.5/10
Résumé: Dix ans après le 4ème été, les 4 filles ont 30 ans et se sont éloignées les unes des autres. Carmen est actrice dans une série télé et vit à New York avec son fiancé. Lena enseigne à Rhodes Island dans une école d’art. Elle vit seule en pensant toujours à Kostos et sa carrière végète. Bee vit à San Francisco et évite de s’engager vraiment avec Eric. Les trois filles ont très peu de nouvelles de Tibby depuis qu’elle est partie vivre en Australie avec son petit ami Brian. Jusqu’au jour où celle-ci leur envoie un billet d’avion pour des retrouvailles en Grèce, dans la maison des grands-parents de Lena où elles ont tant de souvenirs. Lena, Bridget et Carmen sont très excitées de se retrouver, mais la tragédie les frappe…

Critique: Pour vous mettre en contexte, je me suis assise devant ma télévision pour écouter les deux films qui passaient en rafale hier après-midi. Dès que j’ai eu terminé, je me suis empressée de faire des recherches pour voir s’il y avait une suite en livre… Et je suis tombé sur l’ultime livre de la série, le Tome 5. Je ne suis pas fan des livres téléchargés et lu sur mon ordinateur, je dois vous l’avouer. Mais j’ai fais une exception pour celui-ci puisque je voulais le lire maintenant. Je viens présentement de tout juste le finir et je dois dire qu’il m’a laissé une très forte impression.

Premièrement, vous devez savoir que j’ai toujours voulu avoir des amies comme Bridget, Lena, Carmen et Tibby. Je ne sais pas si j’ai manqué quelque chose dans ma jeunesse ou quelque chose comme ça, mais je suis un peu la Carmen de mon groupe d’amies: La plus jeune, la plus attachée aux traditions, celle qui veut garder le plus possible le lien entre nous. Ce livre semble donc avoir été écrit pour moi et mon âme d’enfant.

Au début de ma lecture, j’ai retrouvé avec bonheur les personnages du film et ceux que j’avais laissé lors de ma lecture des premiers livres lorsque j’étais jeune. Par contre, les filles semblaient avoir vieilli, mais sans avoir avancé. Elles sont les mêmes, un peu cassées et pas vraiment à leur place. Lors de la tragédie qui les touchent, elles s’éloignent les unes des autres et vivent leur deuil à leur manière. Ce qui en ressort est positifs pour chacune d’elles et laisse le roman se terminer sur une note apaisante.

Tout au long du livre, outre une très belle et simple façon d’aborder les sentiments qui bouillonnent en nous lorsque quelqu’un qu’on aime meurt, l’auteure a su faire ressortir le sentiment que malgré les gens qui passent dans notre vie, il y a certaines personnes qui vont y rester pour toujours, peu importe ce qui se passe. L’amitié atteint son apogée dans ce dernier roman et m’a laissé avec un poid dans la poitrine.

À un certain moment, je croyais vraiment que l’épreuve était trop dure pour que leur amitié en ressorte plus forte. (Je sais que vous mourrez tous d’envie de connaître le fameux événement, mais je ne veux pas vous gâcher l’envie de lire le livre 🙂 ) Je croyais qu’elles étaient rendues trop différentes et éloignées pour qu’elles puissent sans sortir ensemble. Elles aussi semblaient le croire. Mais ce dernier roman a su me laisser ne paix avec l’idée que les trois meilleures amies que j’ai depuis la moitié du secondaire risque d’être là pour toujours. À la manière de Carmen, j’ai beaucoup douté sur la force des liens qui nous unient, mais je dois avoir confiance.

Je me suis retrouvée dans chacune des filles et j’ai vu des failles chez elles que j’observais chez mes amies. Ce livre est réel, écrit dans un style simple, mais pas simpliste. L’histoire est tellement forte et projette tellement de sentiments et d’émotions que le style d’écriture sans complications fait merveilleusement bien passer le message. Ce livre est une ode pure et simple à une amitié véritable qui peut arriver à n’importe qui, même s’il n’y a pas de jean magique.

Je vous conseille vivement ce livre. Ce n’est pas la même chose que Jane Austen ou bien Marie Laberge. C’est un livre au style lger, mais qui nous fait prendre conscience de nous-mêmes et qui laisse une forte impression longtemps après qu’on l’ait fini. C’est les livres que je préfère. Lorsque j’arrête ma lecture en lisant une phrase parce que ces quelques mots me font réfléchir et que j’ai le goût de me replonger dans cet univers pour en apprendre plus sur moi-même, j’estime que l’auteur a réussi.

<< J’ignore où la vie nous mènera. Mais je sais une chose, nous sommes prêtes à repartir. Qu’on soit ensemble ou séparées, quelle que soit la distance entre nous, nous vivons l’une en l’autre. Et nous avançons main dans la main.>>

<< Lena pouvait se convaincre d’à peu près n’importe quoi, et elle avait presque réussi à se persuader qu’elle pouvait être elle-même sans ses amies. >>

<< On pense toujours qu’on a le choix entre aller de l’avant ou faire du surplace, mais c’est faux. Tant que le cœur bat, que le sang coule dans les veines, que l’air emplit les poumons, on avance. >>

<< Heureusement qu’on ne pouvait pas éteindre l’interrupteur d’amour, en fin de compte, parce que parfois, même si l’on n’en voulait pas, c’était ce dont on avait besoin. >>

Je crois que je vais aller reprendre contact avec mes trois vieilles amies que je n’ai pas vu depuis quelques semaines…

Josianee .

Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n’étions pas toi et moi – Albert Espinosa

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Titre : Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n’étions pas toi et moi
Auteur : Albert Espinosa
Année : 2013
Pages : 216

Note : 8/10

Résumé 

Madrid, 3 heures du matin. La mère de Marcos, une célèbre chorégraphe, est morte la veille. Insomniaque, Marcos rêve de s’injecter le médicament qui lui permettra de ne plus jamais avoir besoin de dormir. Marcos a aussi un don : il voit dans les souvenirs des gens ; c’est pourquoi la police fait souvent appel à lui. Aujourd’hui, il doit examiner un « étranger » et tenter de découvrir sa véritable identité. Une rencontre qui se révélera surprenante. Best-seller en Espagne, ingénu et transgressif, Tout ce que nous aurions pu être toi et moi si nous n’étions pas toi et moi est un hymne à l’amour impossible sur terre et peut-être ailleurs.

Critique 

Il y de ces livres qui nous transportent. On voyage. Albert Espinosa nous en propose deux très distinct : un dans le  » futur  » en même temps qu’une invitation à suivre le cours de sa pensée lors d’une aventure un peu folle et surréaliste.

Après la mort de sa mère, Marco, veut se payer le médicament qui empêche de dormir toute sa vie. Il m’est apparut qu’Espinosa veut ici critiquer la société qui va à toute vitesse, qui veut faire le plus d’argent possible, qui ne s’arrête jamais, qui court après le bonheur alors que celui-ci est déjà derrière. Plusieurs citoyens dans ce roman ont arrêté de dormir. La mise en place de ce  » mode de nuit  » est très bien présentée. J’ai trouvé ce passage fascinant.

Derrière le pseudo-fantastique se cache un monde fondamentalement humain. Le context d’écriture et le monde nouveau dans lequel les personnages évoluent n’influencent pas réellement leur caractère. Ce roman est loin d’être un roman fantastique avec des monstres, des super-pouvoir et tout ça, mais il n’est pas collé sur notre réalité, il y a des éléments surnaturels : Un extra-terrestre, un pouvoir spécial, des gens qui ont arrêté de dormir, mais le texte reste un hymne à l’humanité dans ce qu’il y a de plus beau: l’amour.

Le roman d’Espinosa est construit de court chapitre qui portent tous des titres accrocheurs et intrigants. C’est simplement parfait et adapté pour un public général !  L’écriture m’a accrochée non pas par son style lyrique époustouflant, mais par sa simplicité et sa facilité à représenter les vrais pensées humaines. Au fil de l’histoire, le lecteur assiste au parcours intellectuel que fait Marco. Il pense à quelque chose, dérive sur un souvenir de sa mère, revient, repart. J’ai adoré. Le personnage est tout simplement charmant avec ses angoisses, ses peines, ses joies.

Ce roman est un bel hymne aux amours impossibles, à l’appréciation de la vie telle qu’elle est, à la perte d’un être cher, à la relation parent-enfant. Personnellement, je n’ai pas été déçu de ce petit achat. Un livre que j’aurai du plaisir à relire des extraits aléatoirement.

J’ai éclaté en sanglots. J’ai un faible pour cette expression. On n’éclate jamais de faim ou de froid. En revanche, on éclate de rire ou en sanglots. Il est des sentiments qui justifient qu’on vole en éclats.

 L’amour et le sexe nous sont parfois si étrangers que seuls les étrangers sont susceptibles d’y comprendre quelque chose.

Pronconcée à voix hautes, certaines paroles sont susceptibles de révéler des secrets d’une intensité que nous serions peut-être incapables d’assumer.
Karo.

Les fous de Bassan – Anne Hébert

Titre: Les fous de Bassan
Auteur: 
Anne Hébert
Année: 1982
Pages: 248

Note: 8/10

Résumé: 

Un des derniers soirs de l’été 1936 deux jeunes adolescentes disparaissent sur la grève. Dans le village de Griffin Creek, face à la mer et au vent, chacun sait que cette tragédie vient de loin : de l’histoire d’un peuple soumis aux commandements de Dieu.
C’est à Faulkner sans cesse que l’on pense, un Faulkner boréal, dont le bruit et la fureur se cacheraient sous les mots.
– Mathieu Galey, l’Express

Critique 

Ouf. J’ai refermé ce livre en me disant: « il  y a de ces romans qui te font réaliser que la langue française est un instrument redoutable lorsqu’on sait la maîtriser. »

Anne Hébert, ce nom vous l’avez sûrement entendu quelque part, il est sur toutes les lèvres qui parlent de littérature québécoise le moindrement. Elle est un des piliers et une des fiertés des Québécois. Maintenant, je sais pourquoi.

J’ai de la difficulté à décrire son style, il est très lyrique, mais les défis de vocabulaire sont assez grands parfois. Elle emploie des images pas souvent évidentes, mais très belles et très exactes. Le genre d’images qui vous donne des frissons, tellement c’est bien dit. L’immense force (qui pour la plupart des lecteurs seraient considérées comme un défaut) est les descriptions. Le ratio de trame narrative versus description est de 1/2.

Il ne faut pas s’attendre à un roman d’action lorsqu’on commence Les fous de Bassan. C’est un roman qui porte sur la disparition de deux petites filles, mais leur disparition survient très tard dans le roman. La construction du récit est ingénieuse. J’ai adoré. Il est séparé en cinq partie (je crois). Chaque partie représente le point de vu d’un personnage, soit par le biais d’un journal intime ou d’une lettre. On découvre donc l’histoire sous différents points de vus, des avis intimes. Cela nous empêche de connaître tout en même temps. C’est très bien exploité.

Le récit se construit en filigrane autour de la vie personnelle de plusieurs personnages. L’arbre généalogique est un peu compliqué à saisir au début, mais bon. Bref, chapeau à la forme!

Les thèmes abordés sont plutôt tabous pour l’époque et donc audacieux. L’inceste, le viol, les crimes de guerre, la religion, le fait de désirer sexuellement des jeunes filles lorsqu’on est un homme mature… Je ne m’attendais vraiment pas à lire un récit qui pataugeait dans ces eaux. Je reconnais par contre que ces thèmes sont très bien exploités. Wow.

Ce roman ne s’adresse pas à un public général. Il faut être un lecteur prêt avant de se lancer. Il ne faut pas demander de l’action et des péripéties. Il faut être curieux de la vie personnelle. Il faut avoir un vocabulaire plutôt vaste (ou un dictionnaire). Il ne faut pas avoir de barrière morale au sujet de la religion. Il faut être ouvert sur plusieurs thèmes lourds. Il faut y plonger sans attente, sans crainte et s’abandonner au monde qu’Anne Hébert nous propose. Si vous suivez toutes ses recommandations, je crois que vous apprécierez cette lecture. Moi je garde de ce livre, le souvenir impérissable de mon souffle coupé devant le talent phénoménal d’auteure d’Anne Hébert et devant un récit si profond, surprenant, horrifiant, envoûtant.

« Et s’il m’appelait tel qu’en lui-même aujourd’hui, en quelque lieu qu’il se trouve, ne suis-je pas absente de mon nom, de ma chair et de mes os, limpide que sur la mer comme une larme ? »

« Les mots eux demeureront intacts, ne se briseront jamais, résisteront à l’émiettement des nerfs, à l’éclatement des larmes, au passage du temps. Ces mots qu’il lui a lancés ce soir, sur le seuil de la porte, à travers le grillage, sans même prendre la peine d’entrer. Autant de pierres pour la tuer dans l’obscurité. On ne peut pas dire qu’elle ait vu son visage, mais seulement sa bouche retroussée sur ses dents blanches. Son souffle rauque dans le nuit. »

« L’abîme de la mer nous contient tous, nous possède tous et nous résorbe à mesure, dans son grand mouvement sonore. »
« Rien ne bouge encore dans le ciel, qu’une vague lueur derrière les nuages épais. On pourrait croire que le jour n’aura pas lieu. Si on ne savait pas, de source certaine, à force de vivre, que tant que tournera la terre il y aura des jours succédant aux nuits et des nuits succédant aux jours. Un jour pourtant ce sera la fin du monde. Les ténèbres accumulées ne livreront plus passage au soleil. L’éclair de l’ange paraîtra à l’horizon. Ses ailes métalliques. Sa longue trompette d’argent. Et l’ange proclamera à grande voix que le temps n’est plus. »
Ps: Il y a une adaptation cinématographique, mais je ne l’ai point vue.
Pps: Ce livre est gagnant du prix Fémina (un prix qui souligne selon 30 femmes jury, le meilleur livre poétique de l’année)
Karo.

Oscar et la dame rose – Eric-Emmanuel Schmitt

Titre: Oscar et la dame rose
Auteur: Eric-Emmanuel Schmitt
Année: 2002
Pages: 100

Note: 9.2/10

Résumé

Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Marie Rose, la dame rose qui vient lui rendre visite à l’hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d’Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et émouvants. Ces douze jours seront peut-être les douze derniers. Mais, grâce à Mamie Rose qui noue avec Oscar un très fort lien d’amour, ces douze jours deviendront légende.

Critique

Ce roman prend une heure à lire et deux jours à digérer, sans parler de notre vie entière qu’il affectera.

L’histoire est plutôt basique et j’avais des doutes sur le traitement. Il est très facile de tomber dans le mélodrame pathétique lorsqu’on aborde des thèmes comme la maladie et la mort. Or, connaissant un peu Eric-Emmanuel Schmitt, j’avais confiance qu’il nous présenterait un aspect différent de ces thèmes. C’est ce qu’il a fait. Une totale réussite!

J’ai entendu parler de ce livre tellement de fois que je m’étais créé des attentes démesurées. Et malgré leur hauteur, Schmitt a réussit à les frôler!

Je voulais que ce roman me surprenne. Il m’a surpris. J’étais loin de me douter que le « punch » serait écrit au verso du livre et j’étais encore plus surprise de constater qu’une oeuvre peut être surprenante, même lorsque tout est écrit d’avance. Un simple style, un simple dialogue peut captiver un lecteur à ce point. Wow. Quel travail!

Ce roman est un voyage. Les douze derniers jours d’Oscar. Le douzième jour, la douzième lettre, je savais en la lisant que c’était la dernière. Cette connaissance de la mort à la fin d’Oscar apporte une expérience de lecture différente. Le lecteur redoute la fin jusqu’à la dernière page. Je ne voulais pas la tournée, j’affirmais ma rébellion littéraire espérant que la fin change sous mes yeux. Impossible. J’ai du tournée la page.

Le roman est divisé en 12 lettres narratives qu’Oscar écrit à Dieu. Il nous fait part du récit de ses derniers jours à l’aube du nouvel an. La Dame rose l’accompagne tout au long de ce chemin. Elle égaye la vie du petit par toutes sortes de manière.

Dans ce roman, nous assistons à la naissance et l’accomplissement d’une vie entière, plutôt qu’à la déchéance de celle-ci. Vivre une vie en douze jours, c’est vivre une vie à un rythme effréné et en profiter pleinement. C’est ainsi qu’on devrait vivre…

Parsemé de passages drôles qui vous accrochent un sourire aux lèvres, ce roman porte des thèmes lourds tel que la maladie, le deuil, la mort, la théologie, l’existence de Dieu, la famille. Et tout ça en seulement 100 pages écrites en caractère 18!

Ce livre est une bourrasque de vie, d’espoir, de rires, de larmes. Je le recommande à tous sans exception. Je répète. Sans exception

« – Les questions les plus intéressantes restent des questions. Elles enveloppent un mystère. À chaque réponse, on joindre un « peut-être ». Il n’y a que les questions sans intérêt qui ont une réponse définitive. »

« – J’ai l’impression, Mamie-Rose, qu’on a inventé un autre hôpital que celui qui existe vraiment. On fait comme si on ne venait à l’hôpital que pour guérir. Alors qu’on y vient aussi pour mourir.
– Tu as raison, Oscar. Et je crois qu’on fait la même erreur pour la vie. Nous oublions que la vie est fragile, friable, éphémère. Nous faisons tous semblant d’être immortels. »

 

Karo.

À noter qu’il y a une adaptation cinématographique (que je n’ai pas vue) : Bande-Annonce et Film complet 

 

Le Christ obèse – Larry Tremblay

Titre: Le Christ obèse
Auteur: Larry Tremblay
Date de parution: 2012
Nombre de pages: 160

Note: 7,5/10

Résumé: Edgar est un trentenaire timide et asocial qui a toujours vécu dans l’ombre de sa mère, décédée depuis peu. Une nuit, dans un cimetière, il assiste à la violente agression d’une jeune femme que quatre cavaliers de l’Apocalypse laissent à demi morte. Edgar décide de recueillir chez lui la victime inconsciente. Il en fait le serment : il sera son sauveur.

Mais que sait véritablement le jeune homme, hanté par le souvenir de sa mère, de la personne qu’il a recueillie ? De son identité, de son passé ? Au fil des jours, une étrange relation fusionnelle s’installe entre les deux êtres, pour le meilleur et pour le pire.

Servi par une écriture nerveuse et teintée d’une singulière humanité, Le Christ obèse est un roman implacable sur les racines du Mal et de la Bonté. Une œuvre forte signée par l’un de nos dramaturges les plus étonnants, qui déploie ici une redoutable maîtrise des mécanismes du suspense.

Critique: J’ai lu ce roman dans le cadre du Prix Littéraire des Collégiens . Le titre et la couverture sont un peu étranges, je vous l’accorde, mais le roman je l’ai bien aimé. Voici pourquoi!

L’histoire principale est tissée sur une toile de fond où des questionnements fondamentaux sur la religion sont posés. La raison du sacrifice de la chair, de la douleur et  des punitions que doivent s’imposer les Chrétiens est beaucoup remise en doute. La vision de la mort comme une délivrance est aussi sujette à questionnement…

Edgar recueille chez lui, une personne violentée et il décide de devenir son sauveur. C’est le plan de départ, l’ébauche de l’histoire. En avançant dans le récit, on découvre un personnage tourmenté par l’image de sa mère, traumatisé par son enfance. La relation entre Edgar et sa mère est fascinante, c’est l’aspect du roman que j’ai trouvé le plus travaillé, le plus marquant, le plus poignant. Toute fois, la relation entre la victime et son sauveur est, elle aussi, fort intéressante! Il y a là, toute une analyse des personnages à faire, une complexité hors du commun qui suscite tout notre intérêt. Edgar est une personne fragile qui parfois se perd en lui, il ne sait plus trop qui il est, il se soumet à sa victime et prend le contrôle à d’autres temps. C’est d’une main de maître que Larry Tremblay amène le lecteur à saisir toutes les ambiguïtés de la personnalité de Edgar!

Bref, ce roman mérite sa place en tant que finaliste au Prix littéraire des collégiens. L’écriture trouble du dramaturge Larry Tremblay est totalement au service de son récit. Par endroit j’ai l’impression que l’histoire pose elle-même ses mots sur le papiers, que l’auteur ne dirige rien. Et c’est là, toute la beauté de la chose! Je recommande ce livre à un public plutôt mature, n’ayant pas le coeur fragile, prêt à réfléchir et à s’ouvrir sur des questionnements qui dépassent l’histoire de base qui prend parfois des tournures de romans policiers.

Karo

Véronika décide de mourir – Paulo Coelho

Titre: Véronika décide de mourir
Auteur: Paulo Coelho
Date de parution: 2007
Nombres de pages: 287

Notes: 5/10

Résumé: Veronika est jeune et jolie. Elle a un travail, des amis. Une vie apparemment satisfaisante. Pourtant, elle n’est pas heureuse. Le 21 novembre 1997, elle décide de mourir.

Son suicide raté la conduit dans un hôpital psychiatrique. Là, à côté de malades mentaux, elle découvre une population qui ne semble chercher qu’un abri contre la réalité, ou une fuite hors de la routine…

Une nouvelle initiation va commencer pour elle. Elle comprendra que nous avons le choix de vivre ou de renoncer, que nous pouvons donner un sens à notre vie, qu’il faut pour cela retrouver notre Moi véritable. Et même notre part de folie…

Critique: Quelle déception. Le résumé avait l’air si bon, si beau, si poétique, si touchant. Faux. Poudre aux yeux. C’est à bout de force, tannée et épuisée que j’ai terminé ce livre. Bref. Je n’en garde pas un bon souvenir. Voici pourquoi:

Premièrement, j’avais foi en l’histoire, celle d’une suicidaire interné dans un hôpital, il lui reste que quelques jours à vivre. Le potentiel littéraire d’une histoire comme celle-là est énorme! Le texte aurait pu être un des plus beaux textes de ma vie, mais non. Le thème du suicide, de la mort est abordé avec gêne et maladresse. Ce qui donne un ton faux au texte, une distance trop longue entre l’histoire et le lecteur. Je n’ai pas du tout suivi la trame narrative. Le fond était très intéressant, mais au final, le résultat est très désolant…

Les personnages sont une autres des raisons qui m’ont fait détester cette lecture. (Ouh. détester c’est un peu lourd comme choix de vocabulaire) Ceux-ci sont nombreux, peu approfondis, facilement  »mélangeables », pas très très utiles pour la plupart. On nous raconte l’histoire de plusieurs autres patients internés dans le centre, mais ils ne reviennent jamais. Ils passent… Je n’ai eu aucune affection pour les personnages, enfin, une toute petite pour le schizophrène, mais bon.

Par contre, je dois avouer que même si je n’ai pas du tout aimé, le concept était génial, le message un peu moralisateur était bien placé (quoi que un peu pathétique…), la fin bien pensée, les personnages intéressants.  MAIS l’auteur n’a pas su, à mon sens, faire de tous ses éléments un bon roman. Le style d’écriture et la manière d’amener l’histoire était trop maladroite, trop discrète et trop pédagogique à mon goût… PAR CONTRE, même si le style narratif était un peu désastreux, on en ressort de très beau passages (qui ne s’emboîtent pas bien avec le reste du texte, MAIS… beau quand même).

Bref, je ne le conseil vraiment pas. Mais, si vous voulez vraiment le lire, je vous avertis: n’espérez pas une grande oeuvre littéraire ou bien un récit entraînant, ou bien une plongée dans un monde de sentiment, dans l’univers des personnages. Peut-être vaut-il la peine d’être lu pour la fin? (quoi que décevante selon mon point de vue recherchant le dramatique et la beauté sentimentale dans un texte) Non. Le texte vaut la peine d’être lu pour les réflexions qu’il engendre sur la folie, la liberté, l’amour, la vie, qu’est-ce que vivre? qu’est-ce qu’un fou? Sommes-nous pas tous un peu fou au fond?

« Chacun connaît la dimension de sa propre souffrance et sais si sa vie est vide de sens. »

« Les poètes affectionnaient la pleine lune, ils lui avaient consacré des milliers de vers, mais Véronika préférait cette demi-lune, car elle avait encore de l’espace pour grandir, s’étendre et emplir de lumière toute sa surface, avant l’inévitable décadence. »

« Il lui vint de nouveau l’impression que l’Infini et l’Éternité marchaient main dans la main et qu’il suffisait de contempler l’un, l’Univers sans limites, pour sentir la présence de l’autre, le Temps infini, immobile, ancré dans le Présent qui contient tous les secrets de la vie. »

« Plus les gens peuvent être heureux, plus ils sont malheureux. »

« J’ai besoin de courir le risque d’être en vie »

« Il rendra grâce à Dieu que notre mariage connaisse une nouvelle jeunesse, et que nous soyons fous, comme sont fous ceux qui ont inventé l’amour. »

« Un premier amour peut être inoubliable, mais il prend toujours une fin. »

« La conscience de la mort nous incite à vivre davantage »

Karo
Qui a abusé des citations.

La Fiancée Américaine – Éric Dupont

 

La fiancée américaine par Dupont

Titre: La fiancée américaine
Auteur: Éric Dupont
Date de parution: 2012
Nombre de pages: 560 (je tiens à préciser que l’écriture est minuscule)

Note: 9/10

Résumé: Un gâteau renversé à l’ananas peut-il changer le cours de l’histoire? Louis dit « le Cheval »  Lamontagne est né en pleine messe de minuit alors que sa mère était figurante dans la crèche vivante.  Son père, le plus bel homme de Rivière-du-Loup était follement amoureux de sa nouvelle femme  Madeleine  dite « l’Américaine » cuisinière hors pair dont le livre de recettes transformera la vie de toutes les femmes dans la famille sur 4 générations. Leur fils se trouvera mal marié mais les yeux sarcelle  de sa mère continueront à se répandre dans la région tout comme en Europe où il est déployé et dans l’État de New York où il gagnera sa vie comme homme fort dans les foires. Dans ce village pentu encore sous l’emprise du curé qui annonce la fin du monde aux enfants pour le 10  novembre les racontars abondent.

Critique: Qui aurait cru qu’il se cachait en un seul auteur tant d’imagination et tant de génie! C’est la dernière impression que j’ai eu en fermant ce livre, cette brique qui, avant de s’y plonger, semble interminable. Le volume faramineux, l’écriture microscopique et la page couverture peu passionnante, pourraient vous décourager, mais il ne faut pas! Malgré ces 560 pages, ce roman se lit plus vite que l’éclair. Une fois qu’on a commencé, on ne veut plus arrêter et ce, dès la première page.

Le livre s’étale environ sur trois générations de filles se prénommant toutes Madeleine. Leur histoires sont entraînante, passionnante.  On est avare et on voudrait toujours en avoir plus! La clef de l’intérêt que suscite ce roman réside dans les personnages mis en place. Ces personnages sont si extraordinaire, dans le sens le plus épuré: ils sortent de l’ordinaire. Ils sont fascinants. Tous leurs récits surprennent le lecteur. Il n’y a aucune place pour l’amertume du: « Je l’avais ben deviné! Je le savais! », tout dans ce roman, TOUT est surprise, pages après pages!

Le roman, le style et les histoires sont menés d’une main de maître. Éric Dupont se surpasse et dans tous les aspects! Du côté stylistique, il est très varié. C’est ce qui accroche. L’humour est omniprésente, elle remonte les commissures des lèvres des lecteurs à de multiples reprises. Mais ne vous m’éprenez pas. Ce livre n’est pas une comédie. Les moments tristes, cruels de la vie, abondent dans ce roman, d’une manière peu commune. On est ému, on pleure. C’est bien écrit. Très bien écrit. Mais on oublie vite. on oublie vite la mort qui a fauché tel ou tel personnages, car la vie continue. Le roman avance.

La mort, la jalousie, l’inceste, la religion, l’amour, les ragots, la musique, la réputation imposée par la société, l’avortement, la guerre, les Nazis sont des thèmes abordés dans La fiancée américaine (ce n’est pas une liste exhaustive). Éric Dupont varie même la forme de son texte: parfois narratif, d’autre extrait de journal intime, en passant par le conte qui frôle la légende et par le récit épistolaire (des lettres en correspondance).

Ce qui me fascine, qui m’émerveille dans ce récit, c’est la façon qu’à l’auteur de relié des faits divers, des petits détails qui prennent, au final, une place monumentale dans l’histoire. C’est ces petites distinctions qui nous permet de tisser la toile du roman, la toile qui relit tous les récits. J’adore lire un livre et être un peu perdu, puis peu à peu trouver mon chemin. J’aime réfléchir et trouver les réponses par moi-même. C’est l’opportunité que cette oeuvre nous donne. J’adore arriver à la fin d’un livre et avoir L’ILLUMINATION! La clef, qui fait que tout est clair dans notre tête, on comprend! Tout ce tient!

Bref! Je pourrais parler de cette oeuvre durant des heures (c’est bien ce que je vais faire, car ce livre est en liste pour le prix littéraire des collégiens), mais je tiens à ne pas dévoiler plus que ce que j’ai déjà dit. Le mystère est l’élément clef de ce roman! On plonge dans l’univers avec la même insécurité que lorsqu’on parcours une ville étrangère sans carte et on le termine avec la même fierté que lorsqu’on trouve finalement notre chemin.

Karo