Passion simple – Annie Ernaux

Titre: Passion simple
Auteur: Annie Ernaux
Date de parution: 1994
Nombre de page: 76

Note: 8,5/10

Résumé: « A partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. »

Critique: Ce petit roman (qui fait à peine 100 pages), est un petit bijou de la littérature intime. Annie Ernaux y raconte sa vie, sa passion à elle (autofiction). Elle raconte son obsession, le mot n’est pas trop fort, pour un homme avec qui elle ne faisait que coucher (il est marié). Elle vit dans l’attente constante. Elle oublie de vivre pour lui. Chaque moment c’est le nom de A. (elle ne dévoile jamais son nom, son identité se résume à une simple lettre.) qui lui bourdonne aux oreilles.

Ce livre ne s’adresse pas à un public qui veut de l’action et des rebondissements, oh non! Mais bien à ceux qui veulent apprécier la beauté de la langue, car Annie Ernaux a un style très lyrique, les lignes s’enchaînent avec une profondeur insoupçonnée. Le roman est très mélancolique, le positivisme ne rayonne pas dans ce roman. Loin de là! Les émotions sont parfois douces parfois crue, brutale.

La sexualité est un thème très abordé, je le signifie pour ne pas que vous soyez choqué. (Après tout, le sexe est ce qui les unit…) Je dois aussi vous avertir, que si vous cherchez un roman qui « finit » bien, ou qui « finit » tout court, vous serez peut-être un peu déçu par la tournure des évènements. Il y a peu d’action, très peu et le roman reste un roman plus descriptif que narratif, mais j’ai adoré.

Annie Ernaux est la première auteure que je lis qui traduit aussi bien les émotions qui tiraillent une femme en amour. Nos gestes insensés, lancer un 25 sous dans une fontaine en demandant qu’il nous appelle, ne pas se sécher les cheveux pour ne pas prendre le risque de ne pas entendre son coup de fil, etc. Les réactions et les réflexions d’une fille éprise dans une passion incontrôlable sont décrites avec précision et exactitude. On se retrouve dans ce personnage, on s’attache à cette femme et à cette auteure très vite. Dommage que le roman soit si court.

« Quelquefois, je me disais qu’il passait peut-être toute une journée sans penser une seconde à moi. Je le voyais se lever, prendre son café, parler, rire, comme si je n’existais pas. Ce décalage avec ma propre obsession me remplissait d’étonnement. Comment était-ce possible. Mais lui-même aurait été stupéfait d’apprendre qu’il ne quittait pas ma tête du matin au soir. Il n’y avait pas de raison de trouver plus juste mon attitude ou la sienne. En un sens, j’avais plus de chance que lui.»

« J’aurais voulu conserver tel quel ce désordre où tout objet signifiait un geste, un moment qui composait un tableau dont la force et la douleur ne seront jamais atteintes pour moi par aucun autre dans un musée.»

« Tout était manque sans fin, sauf le moment où nous étions ensemble à faire l’amour. Et encore, j’avais la hantise du moment qui suivrait, où il serait reparti. Je vivais le plaisir comme une futur douleur. »

« Je voulais forcer le présent à redevenir du passé ouvert sur le bonheur. »

« J’ai découvert de quoi on peut être capable, autant dire de tout. Désirs sublimes ou mortels, absence de dignité, croyances et conduites que je trouvais insensées chez les autres tant que je n’y avais pas moi-même recours. À son insu, il m’a reliée davantage au monde. »

Karo

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