La Fiancée Américaine – Éric Dupont

 

La fiancée américaine par Dupont

Titre: La fiancée américaine
Auteur: Éric Dupont
Date de parution: 2012
Nombre de pages: 560 (je tiens à préciser que l’écriture est minuscule)

Note: 9/10

Résumé: Un gâteau renversé à l’ananas peut-il changer le cours de l’histoire? Louis dit « le Cheval »  Lamontagne est né en pleine messe de minuit alors que sa mère était figurante dans la crèche vivante.  Son père, le plus bel homme de Rivière-du-Loup était follement amoureux de sa nouvelle femme  Madeleine  dite « l’Américaine » cuisinière hors pair dont le livre de recettes transformera la vie de toutes les femmes dans la famille sur 4 générations. Leur fils se trouvera mal marié mais les yeux sarcelle  de sa mère continueront à se répandre dans la région tout comme en Europe où il est déployé et dans l’État de New York où il gagnera sa vie comme homme fort dans les foires. Dans ce village pentu encore sous l’emprise du curé qui annonce la fin du monde aux enfants pour le 10  novembre les racontars abondent.

Critique: Qui aurait cru qu’il se cachait en un seul auteur tant d’imagination et tant de génie! C’est la dernière impression que j’ai eu en fermant ce livre, cette brique qui, avant de s’y plonger, semble interminable. Le volume faramineux, l’écriture microscopique et la page couverture peu passionnante, pourraient vous décourager, mais il ne faut pas! Malgré ces 560 pages, ce roman se lit plus vite que l’éclair. Une fois qu’on a commencé, on ne veut plus arrêter et ce, dès la première page.

Le livre s’étale environ sur trois générations de filles se prénommant toutes Madeleine. Leur histoires sont entraînante, passionnante.  On est avare et on voudrait toujours en avoir plus! La clef de l’intérêt que suscite ce roman réside dans les personnages mis en place. Ces personnages sont si extraordinaire, dans le sens le plus épuré: ils sortent de l’ordinaire. Ils sont fascinants. Tous leurs récits surprennent le lecteur. Il n’y a aucune place pour l’amertume du: « Je l’avais ben deviné! Je le savais! », tout dans ce roman, TOUT est surprise, pages après pages!

Le roman, le style et les histoires sont menés d’une main de maître. Éric Dupont se surpasse et dans tous les aspects! Du côté stylistique, il est très varié. C’est ce qui accroche. L’humour est omniprésente, elle remonte les commissures des lèvres des lecteurs à de multiples reprises. Mais ne vous m’éprenez pas. Ce livre n’est pas une comédie. Les moments tristes, cruels de la vie, abondent dans ce roman, d’une manière peu commune. On est ému, on pleure. C’est bien écrit. Très bien écrit. Mais on oublie vite. on oublie vite la mort qui a fauché tel ou tel personnages, car la vie continue. Le roman avance.

La mort, la jalousie, l’inceste, la religion, l’amour, les ragots, la musique, la réputation imposée par la société, l’avortement, la guerre, les Nazis sont des thèmes abordés dans La fiancée américaine (ce n’est pas une liste exhaustive). Éric Dupont varie même la forme de son texte: parfois narratif, d’autre extrait de journal intime, en passant par le conte qui frôle la légende et par le récit épistolaire (des lettres en correspondance).

Ce qui me fascine, qui m’émerveille dans ce récit, c’est la façon qu’à l’auteur de relié des faits divers, des petits détails qui prennent, au final, une place monumentale dans l’histoire. C’est ces petites distinctions qui nous permet de tisser la toile du roman, la toile qui relit tous les récits. J’adore lire un livre et être un peu perdu, puis peu à peu trouver mon chemin. J’aime réfléchir et trouver les réponses par moi-même. C’est l’opportunité que cette oeuvre nous donne. J’adore arriver à la fin d’un livre et avoir L’ILLUMINATION! La clef, qui fait que tout est clair dans notre tête, on comprend! Tout ce tient!

Bref! Je pourrais parler de cette oeuvre durant des heures (c’est bien ce que je vais faire, car ce livre est en liste pour le prix littéraire des collégiens), mais je tiens à ne pas dévoiler plus que ce que j’ai déjà dit. Le mystère est l’élément clef de ce roman! On plonge dans l’univers avec la même insécurité que lorsqu’on parcours une ville étrangère sans carte et on le termine avec la même fierté que lorsqu’on trouve finalement notre chemin.

Karo

Une place à prendre

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Une bonne nouvelle toute droite sortie d’ici pour les fans du nouveau livre de J.K. Rowling, Une place à prendre, dont je vous ai fait la critique il n’y a pas longtemps (que vous pouvez retrouver ici ).

« Alors que The Casual Vacancy, Une Place à Prendre en français, est sorti il y a un peu plus de deux mois, la BBC a annoncé aujourd’hui que le livre serait adapté en mini-série, prévue pour 2014. J.K. Rowling participera bien entendu au projet.

L’auteur s’est d’ailleurs exprimée à propos de cette grande nouvelle : « Je suis ravie que la BBC ait réservé Une Place à Prendre. J’ai toujours senti que si le livre devait être adapté, il était fait pour la télévision et je pense que la BBC est parfaite pour lui. »

Pour l’instant, le nombre et la longueur des épisodes n’ont pas encore été décidés, mais la BBC publiera très prochainement de plus amples informations sur le projet. »

Je vous tiens au courant!
Josianee .

La vie devant soi – Romain Gary

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Titre: La vie devant soi
Auteur: Romain Gary
Date de parution: 1975
Note: 9.5/10
Résumé: « Il devait penser que j’étais encore interdit aux mineurs et qu’il y avait des choses que je ne devais pas savoir. En ce moment, je devais avoir sept ans ou peut-être huit, je ne peux pas vous dire au juste parce que je n’ai pas été daté, comme vous allez voir quand on se connaîtra mieux, si vous trouvez que ça vaut la peine. Momo ne connaît pas son âge, mais il connaît le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et, conformément à ce droit sacré à la dignité, Madame Rosa, ancienne prostituée reconvertie en nounou pour « enfants de putes », n’est pas obligée d’aller à l’hôpital. Il va donc tout mettre en oeuvre pour la préserver contre l’acharnement thérapeutique. Car, s’il sait que l’on peut vivre sans amour, il sait aussi reconnaître cette chose formidable quand elle se présente. Il sait que sans l’amour qu’elle lui infuse, sans l’amour qui déborde de son propre coeur, en vrac pourvu que ça sorte, la vie serait une lutte perdue d’avance pour les petits pensionnaires de la rue Bisson, à Belleville. Pour nous parler d’un monde à part où les prostituée sont « des personnes qui se défendent avec leur cul », où les enfants vendent les chiens parce qu’ils les aiment trop, où les gens ont une grandeur d’âme insoupçonnée, Momo amalgame les mots sans toujours en saisir le sens, ce qui donne lieu à des phrases souvent incorrectes, mais toujours vraies et parfois même très crues. Cette oeuvre bouleversante mais jamais larmoyante, publiée sous le nom d’Émile Ajar, a remporté le Goncourt 1975, inscrivant ainsi Romain Gary dans la légende, puisqu’il est le seul romancier à avoir décroché deux fois le prestigieux prix. –Sana Tang-Léopold Wauters  »

Critique: Wow. Est-ce que je peux juste dire ce petit mot?

L’histoire se passe à travers le point de vue du petit Momo, enfant de prostitué recueillit par la vieille Madame Rosa. Momo n’a pas plus que 14 ans (il croit n’en avoir que 10) et n’a jamais vraiment été instruit, donc le choix de ses mots montre une réalité cru et d’une grande naïveté.

<<J’ai cessé d’ignorer à l’âge de trois ou quatre ans et parfois ça me manque.>>

Son innocence au travers de cette vie dure et injuste nous porte à réfléchir. C’est un roman saisissant, teinté d’une touche d’humour parfois triste. On ne peut s’empêcher de s’attacher aux personnages de Momo et de Madame Rosa au travers des sujets durs traités comme l’euthanasie, la Shoah, l’immigration illégale et bien entendu la prostitution et la drogue. Momo est en quête d’identité et il ne peut accepter l’idée que Madame Rosa va mourir un jour. Il faut tout ce qu’il peut pour l’aider à « mourir dans la dignité ». Le choix des mots parfois crus est balancé par le langage imagé de Momo.

<<Moi ce qui m’a toujours paru bizarre, c’est que les larmes ont été prévues au programme. Ça veut dire qu’on a été prévu pour pleurer. Il fallait y penser. Il y a pas un constructeur qui se respecte qui aurait fait ça.>>

Je vous conseille vivement cette lecture, mais je vous avertis: ce n’est pas une lecture légère. C’est entrer dans le monde des prostitués et de ceux qui font tout pour s’en sortir. C’est faire face à une réalité qu’on n’a peut-être pas envie de voir. La vie devant soi est un de mes coups de coeur. Mais, selon les avis que j’ai pu en tirer autour de moi, il est clair que c’est un livre qu’on adore ou qu’on déteste, sans demi-mesure. Je vous invite donc à vous en faire une opinion puisque moi, après cette lecture, je n’ai plus jamais pensé la vie de la même manière.

<< Pour se piquer , il faut vraiment chercher à etre heureux et il n’y a que les rois des cons qui ont des idées pareilles . (…) Mais je tiens pas tellement à etre heureux , je préfere encore la vie . Le bonheur , c’est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre . (…) J’ai encore jamais fait de politique parceque ça profite toujours à quelqu’un , mais le bonheur , il devrait y avoir des lois pour l’empecher de faire le salaud . >>

Josianee .

Accroche-toi Anna! – Isabelle Wolff

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Titre : Accroche-toi Anna!
Auteur : Isabelle Wolff
Note : 5.5/10
Date de parution : 2008
Résumé : « Après la mort subite de sa mère, Anna comprend que le bonheur est compté. Troquant alors la finance contre les philodendrons et le capital contre les capucines, elle quitte la City pour réaliser son rêve : devenir architecte paysagiste, en hommage à sa mère qui avait la main verte. Mais, à la veille de ces lendemains qui chantent, elle fait la connaissance de Xan. Cette rencontre transforme son univers plus qu’elle n’aurait jamais pu l’imaginer – notamment grâce à l’arrivée d’une petite Milly, neuf mois plus tard. Entre un nouveau métier et une première maternité, Anna lutte pour trouver son équilibre. Mais lorsqu’elle déterre un vieux secret de famille, il semble que le passé et le présent ne soient plus ce qu’ils étaient… »

Critique : « Accroche-toi Anna » est le 3e livre que je lis d’Isabelle Wolff et, en me fiant au résumé et au plaisir que j’avais eu à dévorer ses précédents livres, je m’attendais à beaucoup mieux. Premièrement, je ne trouve pas que le résumé soit exacte pour l’oeuvre. Dès les premières lignes j’ai eu l’impression de sauter dans un train déjà en marche. La petite Milly a 2ans, Xan l’a quitté et habite très loin… Ce n’est que vers le 2e chapitre, lorsque nous commençons à bien cerner l’histoire et à prendre le rythme, que l’auteure décide de faire un récapitulatif un peu superflu et beaucoup trop détaillé sur les 3 dernières années. Plusieurs détails sont importants et plaisants à lire, mais lorsqu’on sait déjà comment tout se dénoue, il y a beaucoup moins de punch.

Aussi, j’ai trouvé qu’il y avait un nombre incalculable de longueurs. Étant donné qu’Anna est architecte paysagiste, l’auteure a trouvé bon de nous décrire en long et en large tous ses projets, toutes ses entrevues et aussi le spectacle de Milly qui consiste à une description d’au moins 6 pages. Il aurait peut-être été plus judicieux de porter les descriptions sur les relations sentimentales plutôt que sur les fleurs. La transition entre les différentes facettes des personnages est difficilement faite et cela ne nous laisse pas le temps de bien les apprécier. Les personnages sont un peu brouillons et les liens entre eux tombent souvent sous les coups de chance, ce qui est plutôt rare dans la vie. Je n’ai pas été convaincue de la fin non plus, comme si elle avait décidé de tomber amoureuse comme ça et que tous les gens autour d’elle finissait heureux parce qu’ils l’ont décidé.

Par contre, il est clair que cette lecture est légère. Une vraie lecture de filles. Mais, ce n’est pas un livre très sentimental. Si vous voulez des soupers aux chandelles à l’eau de roses, ce n’est pas le livre qu’il vous faut. L’auteure s’attarde un peu plus aux problèmes du personnage principale que sur une romance, s’attardant aux descriptions du jardin et du passé de l’homme avec qui elle dîne plutôt que sur ce qu’elle ressent.

Bref, j’ai été déçue de ce livre d’Isabelle Wolff puisque j’ai beaucoup aimé « Un amour vintage ».

<< Mais c’est dur, d’être en deuil quand on est vieux, ajouta-t-il d’un ton morne. On a tellement de temps pour être triste. >>

Josianee .

Passion simple – Annie Ernaux

Titre: Passion simple
Auteur: Annie Ernaux
Date de parution: 1994
Nombre de page: 76

Note: 8,5/10

Résumé: « A partir du mois de septembre l’année dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu’il me téléphone et qu’il vienne chez moi. »

Critique: Ce petit roman (qui fait à peine 100 pages), est un petit bijou de la littérature intime. Annie Ernaux y raconte sa vie, sa passion à elle (autofiction). Elle raconte son obsession, le mot n’est pas trop fort, pour un homme avec qui elle ne faisait que coucher (il est marié). Elle vit dans l’attente constante. Elle oublie de vivre pour lui. Chaque moment c’est le nom de A. (elle ne dévoile jamais son nom, son identité se résume à une simple lettre.) qui lui bourdonne aux oreilles.

Ce livre ne s’adresse pas à un public qui veut de l’action et des rebondissements, oh non! Mais bien à ceux qui veulent apprécier la beauté de la langue, car Annie Ernaux a un style très lyrique, les lignes s’enchaînent avec une profondeur insoupçonnée. Le roman est très mélancolique, le positivisme ne rayonne pas dans ce roman. Loin de là! Les émotions sont parfois douces parfois crue, brutale.

La sexualité est un thème très abordé, je le signifie pour ne pas que vous soyez choqué. (Après tout, le sexe est ce qui les unit…) Je dois aussi vous avertir, que si vous cherchez un roman qui « finit » bien, ou qui « finit » tout court, vous serez peut-être un peu déçu par la tournure des évènements. Il y a peu d’action, très peu et le roman reste un roman plus descriptif que narratif, mais j’ai adoré.

Annie Ernaux est la première auteure que je lis qui traduit aussi bien les émotions qui tiraillent une femme en amour. Nos gestes insensés, lancer un 25 sous dans une fontaine en demandant qu’il nous appelle, ne pas se sécher les cheveux pour ne pas prendre le risque de ne pas entendre son coup de fil, etc. Les réactions et les réflexions d’une fille éprise dans une passion incontrôlable sont décrites avec précision et exactitude. On se retrouve dans ce personnage, on s’attache à cette femme et à cette auteure très vite. Dommage que le roman soit si court.

« Quelquefois, je me disais qu’il passait peut-être toute une journée sans penser une seconde à moi. Je le voyais se lever, prendre son café, parler, rire, comme si je n’existais pas. Ce décalage avec ma propre obsession me remplissait d’étonnement. Comment était-ce possible. Mais lui-même aurait été stupéfait d’apprendre qu’il ne quittait pas ma tête du matin au soir. Il n’y avait pas de raison de trouver plus juste mon attitude ou la sienne. En un sens, j’avais plus de chance que lui.»

« J’aurais voulu conserver tel quel ce désordre où tout objet signifiait un geste, un moment qui composait un tableau dont la force et la douleur ne seront jamais atteintes pour moi par aucun autre dans un musée.»

« Tout était manque sans fin, sauf le moment où nous étions ensemble à faire l’amour. Et encore, j’avais la hantise du moment qui suivrait, où il serait reparti. Je vivais le plaisir comme une futur douleur. »

« Je voulais forcer le présent à redevenir du passé ouvert sur le bonheur. »

« J’ai découvert de quoi on peut être capable, autant dire de tout. Désirs sublimes ou mortels, absence de dignité, croyances et conduites que je trouvais insensées chez les autres tant que je n’y avais pas moi-même recours. À son insu, il m’a reliée davantage au monde. »

Karo

Soutien-gorge rose et veston noir – Rafaële Germain

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Titre: Soutien-gorge rose et veston noir
Auteur: Rafaële Germain
Date de parution: 2012
Note: 8/10

Résumé: « La première clause du Manifeste du célibat était pourtant claire : «Être et demeurer célibataire». Voilà le but que s’étaient donné Chloé, Antoine et Juliette, trois amis qui ne croyaient pas en l’amour. Ils y seraient peut-être arrivés si Chloé n’avait pas décidé, un jour, de partir à la recherche du grand amour. Celui dont elle rêvait petite en demandant à sa mère si elle allait le trouver. Cette dernière lui répondait alors : «Qué sera, sera»… Et c’est ce que Chloé découvrira, à travers ses joies et ses peines, ses difficultés et ses surprises : les voies de l’amour sont impénétrables. »

Critique: Un roman de filles, un vrai. C’est une lecture légère et rafraîchissante, le genre de livre à lire pendant l’été sur le bord d’une piscine. Je ne sais pas si c’est parce que je suis fleur bleue, mais j’ai beaucoup aimé. Écrit « à la québécoise », ce livre nous donne l’opportunité de plonger complètement, impression parfois un peu gâchée par la traduction « à la française ». C’est un livre de filles de bonne qualité avec une histoire moins prévisible que beaucoup de roman et des moments où on aurait le goût de crier au personnage principal, Chloé, qu’elle fait une connerie. On peut vraiment s’identifier à elle et on se rend compte au fil de notre lecture que nous nous prenons au jeux et que nous ne pouvons pas nous arrêter de lire.
Les personnages sont très stéréotypés comme dans la plupart des livres de ce style. Il y a le personnage principal qui cherche l’homme de sa vie, sa meilleure amie qui est artiste et qui est très heureuse seule, son meilleur ami avec qui elle a eu une liaison il y a longtemps et qui enchaîne les relations d’une nuit… Sans parler de sa mère excentrique et de sa petite soeur parfaite avec ses jumelles et son mari. Et bien sûr, elle rencontre un homme merveilleux qui nous aurait fait tourner de l’oeil, mais elle ne sait pas pourquoi, elle sent que ce n’est pas le bon. Puis finalement, elle finit heureuse avec une déclaration d’amour rose bonbon et on ferme le livre en se disant que c’est sûr que ça ne nous arrivera jamais.
Mais, il y a malgré tout beaucoup de phrases qui nous font réfléchir. L’auteure, Rafaële Germain, est très prometteuse. Bientôt la critique de ses deux autres livres, « Gin tonic et concombre » et « Volte-face et malaises »!

« L’amour ne change jamais. Il me semble qu’à ton âge tu devrais le savoir. On pense l’amour différemment, peut-être. Mais au bout du compte, on pense à la même chose. »

Josianee .

Si c’est un homme – Primo Levi

Titre: Si c’est un homme
Auteur: Primo Levi
Date de parution: 1988
Nombre de pages: 213

Note: 9/10

Résumé: Ce livre est sans conteste l’un des témoignages les plus bouleversants sur l’expérience indicible des camps d’extermination. Primo Levi y décrit la folie meurtrière du nazisme qui culmine dans la négation de l’appartenance des juifs à l’humanité. Le passage où l’auteur décrit le regard de ce dignitaire nazi qui lui parle sans le voir, comme s’il était transparent et n’existait pas en tant qu’homme, figure parmi les pages qui font le mieux comprendre que l’holocauste a d’abord été une négation de l’humain en l’autre. Si rien ne prédisposait l’ingénieur chimiste qu’était Primo Levi à écrire, son témoignage est pourtant devenu un livre qu’il importe à chaque membre de l’espèce humaine d’avoir lu pour que la nuit et le brouillard de l’oubli ne recouvrent pas à tout jamais le souvenir de l’innommable, pour que jamais plus la question de savoir « si c’est un homme » ne se pose. De ce devoir de mémoire, l’auteur s’est acquitté avant de mettre fin à ses jours, tant il semble difficile de vivre hanté par les fantômes de ces corps martyrisés et de ces voix étouffées. – Paul Klein

Critique: Ce roman est une oeuvre déroutante. Les pages sont criantes d’une souffrance humaine qui dépasse les hommes. La violence et la brutalité montrés dans cette oeuvre est lancé sauvagement à la face du lecteur. Sous la forme d’un journal intime, l’auteur raconte son passage dans les cas Nazis pendant la deuxième guerre mondiale. Il confesse ses réflexions sur la nature de l’homme, sur l’horreur de l’oublie de la part humaine en l’homme pour faire place à l’animal, à la brutalité, à la folie meurtrière dont l’Allemagne fut submergé. Ce constat de l’être est au coeur du roman.

Le récit est époustouflant et miraculeux, à combien de reprises j’ai étouffer un sanglot devant la souffrance décrite, devant la mort injuste, devant l’apogée de la violence que l’homme atteint. C’est avec la peur au ventre et les larmes aux yeux que la lecture se fait. Une part de soi refuse de croire que ceci s’est passé, que les hommes ont pu être aussi cruel, mais au bout du compte, on ne peut plus nié. L’oeuvre de Primo Levi nous prend à la george, elle nous lance au visage une humanité que nous ne voulons pas voir, une brutalité que nous ne voulons pas assumer, la misère du monde est dure à voir et dure à lire.

Mais, ce roman en vaut la peine. Il nous secoue, mais c’est parfois ce que l’on a le plus de besoin. On a besoin de voir la vérité en face pour pouvoir se questionner, réfléchir et empêcher d’arriver encore à un point si extrême. Bref, ce livre est loin d’être une lecture légère du dimanche après-midi, mais je recommande cette oeuvre à tous à condition d’être prêt à embarquer dans la vie de l’auteur et d’être prêt à voir, les yeux ouverts.

« Telle sera notre vie. Chaque jour, selon le rythme établi, Ausrücken et Einrücken, sortir et rentrer, dormir et manger; tomber malade, guérir ou mourir. »

« Nous découvrons tôt ou tard dans la vie que le bonheur parfait n’existe pas, mais bien peu sont ceux qui s’arrêtent à cette considération inverse qu’il n’y a pas non plus de malheur absolu. »

« Savez-vous comment on dit « jamais » dans le langage du camp? « Morgen früh », demain matin.»

«Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous : aussi peut-on qualifier de non humaine l’expérience de qui a vécu des jours où l’homme a été un objet aux yeux de l’homme.»

Karo

5150, rue des Ormes – Patrick Sénécal

Titre: 5150, rue des Ormes
Auteur: Patrick Sénécal
Date de parution: 2001
Nombre de page: 370

Note: 7,8/10

Résumé: Il s’appelle Yannick Bérubé, il a vingt-trois ans, il est séquestré au 5150, rue des Ormes, dans la ville de Montcharles, et c’est pourquoi il a décidé d’écrire son histoire.
Or, si son récit débute par une banale chute à bicyclette, la suite bascule rapidement dans l’horreur, car la famille qui le retient prisonnier est loin d’être normale : Jacques Beaulieu, le père, est un psychopathe qui ne jure que par le jeu d’échecs et qui se prend pour le dernier des Justes ; Michelle, l’adolescente, semble encore plus dangereuse que son père ; Maude, l’épouse et la mère, est obsédée par le Seigneur et elle obéit aveuglément à son mari. Quant à la petite Anne, elle est muette et ses grands yeux immobiles ressemblent à des puits de néant…
Pour Yannick Bérubé, l’enjeu est simple : il doit s’évader à tout prix de cette maison de fous, sinon il va y laisser sa peau ou sa raison !

Critique: Bon, je dois l’avouer, je suis une fan de Patrick Sénécal. J’ai lu presque tous ses livres et je les ai tous dévorés (ou presque… Le passager m’a amèrement déçue). 5150, rue des Ormes est une histoire qui explore les limites de l’horreur et de la folie humaine, sans toute fois dépasser les bornes du réel. Il n’y a pas d’éléments qui nous font douter à un seul moment que cela pourrait être faux. Tout se tient très bien. Après tout, la folie humaine a t’elle une limite? L’histoire est très bonne, encore une fois. La manière de raconter l’est aussi. Le style de Patrick Sénécal très solide, vocabulaire soutenu, précis mêlé avec le langage populaire pour singulariser les personnages et donner une immense coupure dans le ton. Patrick Sénécal est un expert pour mêlé l’horreur à la beauté, les phrases cassantes avec les phrases très lyriques. Il maîtrise son art.

Dans le livre on nous présente trois points de vue différents: celui du prisonnier par le biais d’un journal intime qu’il écrit durant sa captivité, celui de la femme de Jacques par le biais aussi d’un journal tenu depuis plus de 20 ans et finalement celui d’un narrateur Dieu. C’est une nouvelle approche et c’est un plus pour l’histoire, vraiment.

Par contre, pour les fans, on s’entend pour dire que ce n’est pas le meilleur des livres de Patrick Sénécal. Il est bon, mais pas autant que Le Vide, Alice et Hell.com, qui sont, à mes yeux, des chef-d’oeuvres qui traduisent la noirceurs humaine dans les moindres recoins; les plus terrifiants et les plus désemparant.

* À noter aussi que ce roman a été adapté au cinéma en 2009. La bande-annonce ici!

« Le crayon me servira peut-être d’ancre pour que je ne dérive pas trop… »

« Pour la première fois de ma vie, je ressens réellement cette obscure, cette incontrôlable émotion…Celle qui cloue votre coeur et arrache des morceaux de votre âme…J’ai peur. »

« Ses ravages ont creusé un trou dans mon âme, d’une profondeur sans fond, qui mène à l’abîme absolu. »

Karo

L’appel de l’ange – Guillaume Musso

Titre: L’appel de l’ange
Auteur: Guillaume Musso
Date de parution: 2011
Nombre de pages: 391

Note: 8,4/10 (Oui,oui je me donne la fantaisie d’y aller au dixième près!)

Résumé: New York. Aéroport Kennedy. Dans la salle d’embarquement bondée, un homme et une femme se télescopent. Dispute anodine, et chacun reprend sa route. Madeline et Jonathan ne s’étaient jamais rencontrés, ils n’auraient jamais dû se revoir. Mais en ramassant leurs affaires, ils ont échangé leurs téléphones portables. Lorsqu’ils s’aperçoivent de leur méprise, ils sont séparés par 10 000 kilomètres : elle est fleuriste à Paris, il tient un restaurant à San Francisco.Cédant à la curiosité, chacun explore le contenu du téléphone de l’autre. Une double indiscrétion et une révélation : leurs vies sont liées par un secret qu’ils pensaient enterré à jamais…
Entre comédie romantique et thriller de haute volée.
Une intrigue magistrale portée par des personnages bouleversants.
Un final virtuose.

Critique: Ce roman est mon premier Musso, j’avais des attentes peut-être un peu démesurées à cause de la renommé et du succès de cet auteur. Tout le monde en a un à la main dans les corridors du Cégep! J’ai été un peu déçu sur le plan du style… Je m’attendais à quelque chose de plus recherché, de plus profond, de plus lyrique… Mais ce n’est qu’une légère déception, car le style de Musso, quoi que très « populaire et général » reste très sympathique à lire et découvrir.

Heureusement, l’histoire est une des plus entraînante histoire que j’ai lue. J’ai dévoré ce roman en une seule journée (j’ai manqué deux cours pour lire ce roman, je l’avoue.) C’est un thriller policier très très très addictif, les liens entre les personnages sont solides et très inattendus. L’auteur nous mène vraiment à sa guise, je n’ai pas deviné vers où s’en allait l’histoire, mais pas du tout! C’est un très grand point positif! (Quoi de pire que savoir où une intrigue policière aboutira…?) De plus, l’autre point positif majeur est l’attachement qu’on a pour les personnages. Je me suis liée mentalement d’amitié sincère avec tous les personnages de ce roman, même les plus détestables.

Bref, ce roman possède une richesse essentielle aux romans policiers: la surprise et la capacité de monter le lecteur en bateau sans jamais le perdre, en restant crédible. J’ai adoré ce roman.  Avant le début des chapitres, Musso insère des citations, c’est un élément que j’ai trouvé très agréable! Je le recommande pour passer du bon temps, bien sûr si vous aimez le policier. Il y a une histoire d’amour dans ce roman, mais bon, très secondaire.

« Les plus belles années d’une vie sont celles que l’on n’a pas encore vécues.»

« Parfois, c’est ça aussi l’amour : laisser partir ceux qu’on aime. »

« Elle savait que le bien et le mal coexistaient en chaque individu. Que certains, par choix ou par contraintes, exploraient ce qu’il y avait de pire en eux. »

Karo

La 10e édition du prix littéraire des collégiens

 

Le prix littéraire des collégiens est une mention d’honneur que les élèves de tous les Cégeps du Québec s’entendent pour accorder à un roman qui s’est démarqué dans la dernière année. Tous les étudiants sont acceptés et encouragés à participer à ce vote. Pour prendre leur décision les jurys (étudiants) se rencontrent quelques fois durant la session d’hiver pour discuter et échanger sur les cinq romans en liste. Ces romans sont déterminés par trois critiques professionnels et doivent correspondre à certaines caractéristiques soit d’être une oeuvre narrative de fiction (romans, récits, recueils de nouvelles) écrite en français par un auteur ayant la citoyenneté canadienne et publiée par un éditeur professionnel francophone.

Les cinq oeuvres de l’édition 2012-2013 sont:

  • Et au pire, on se mariera, Sophie Bienvenu 
    Résumé: Centre-Sud. Entre la Sainte-Catherine, Mel et Jo, les putes travesties, et le parc jonché de seringues, Aïcha traîne son enfance cassée par son beau-père. Elle rencontre Baz et devient amoureuse. Une chose grave leur arrivera. Pour sauver sa peau, pour protéger Baz, Aïcha, forcée de s »expliquer à une travailleuse sociale, revoit son histoire et multiplie les versions des faits. Dans un monde si mal foutu, qui dit vrai et qui peut dire où se situe la réalité ? Une confrontation déchirante et drôle où l »émotion court. La langue à fleur de peau de Et au pire, on se mariera se trouve à la croisée du romanesque, du théâtre de rue et de la déposition.
  • Le Christ obèse, Larry Tremblay
    Résumé: Edgar est un trentenaire timide et asocial qui a toujours vécu dans l’ombre de sa mère, décédée depuis peu. Une nuit, dans un cimetière, il assiste à la violente agression d’une jeune femme que quatre cavaliers de l’Apocalypse laissent à demi morte. Edgar décide de recueillir chez lui la victime inconsciente. Il en fait le serment : il sera son sauveur.Mais que sait véritablement le jeune homme, hanté par le souvenir de sa mère, de la personne qu’il a recueillie ? De son identité, de son passé ? Au fil des jours, une étrange relation fusionnelle s’installe entre les deux êtres, pour le meilleur et pour le pire.Servi par une écriture nerveuse et teintée d’une singulière humanité, Le Christ obèse est un roman implacable sur les racines du Mal et de la Bonté. Une ouvre forte signée par l’un de nos dramaturges les plus étonnants, qui déploie ici une redoutable maîtrise des mécanismes du suspense.
  • La fiancée américaine, Eric Dupont Critique ici
    Résumé: Un gâteau renversé à l’ananas peut-il changer le cours de l’histoire? Louis dit « le Cheval » Lamontagne est né en pleine messe de minuit alors que sa mère était figurante dans la crèche vivante. Son père, le plus bel homme de Rivière-du-Loup était follement amoureux de sa nouvelle femme Madeleine dite « l’Américaine » cuisinière hors pair dont le livre de recettes transformera la vie de toutes les femmes dans la famille sur 4 générations. Leur fils se trouvera mal marié mais les yeux sarcelle de sa mère continueront à se répandre dans la région tout comme en Europe où il est déployé et dans l’État de New York où il gagnera sa vie comme homme fort dans les foires. Dans ce village pentu encore sous l’emprise du curé qui annonce la fin du monde aux enfants pour le 10 novembre les racontars abondent. Eric Dupont nous offre un magnifique roman où les histoires d’un siècle de Madeleine s’entrelacent comme pour former une pelote de laine. L’expression «histoire d’amour » ne rend pas justice aux méandres de ce récit émaillé de rebondissements. Eric Dupont est né à Amqui (Gaspésie) en 1970. Il est l’auteur de Voleurs de sucre (2004, Prix Senghor de la francophonie), La logeuse (Lauréat du Combat des livres 2006) et Bestiaire (un des cinq meilleurs romans de l’année 2008 selon le journal La Presse). Il enseigne à l’Université McGill.
  • Mayonnaise, Éric Plamondon 
    Résumé: Gabriel Rivages mêle ici son destin à celui de Richard Brautigan. Il part à la rencontre de l’écrivain qui a changé sa vie. Sur les traces de celui qu’on a surnommé le dernier des beatniks, Rivages arpente à nouveau la côte ouest américaine. On passe par l’Oregon où Brautigan a grandi et par San Francisco où il devient écrivain. On croise aussi la grande et la petite histoire. Dans l’Amérique des sixties, Janis Joplin chante Mercedes Benz et offre son écharpe au futur auteur de *La pêche à la truite en Amérique*. Celui qui vendait ses poèmes au coin des rues dans Haight-Ashbury et North Beach devient célèbre. Pendant des années la poésie le sauve. Brautigan se tire une balle dans la tête en octobre 1984 dans sa maison de Bolinas. Les histoires de Brautigan ont toujours une fin étonnante.*Mayonnaise* est le deuxième roman de la trilogie 1984, qui traverse le vingtième siècle sur les traces de trois figures américaines. Le premier, *Hongrie-Hollywood Express*, paru en 2011, se construisait autour de la vie de Johnny Weissmuller, athlète et premier interprète de Tarzan au cinéma. *Pomme S*, le troisième, mettra en scène Steve Jobs, l’homme d’Apple, et portera sur la révolution informatique.
  • Qui de nous deux ?, Gilles Archambault
    Résumé: Vingt ans après le très touchant Un après-midi de septembre, où Gilles Archambault évoquait la disparition de sa mère, le romancier renoue avec le genre autobiographique pour tracer cette fois-ci une bouleversante chronique de la mort de sa compagne, celle qui a partagé sa vie pendant plus de cinquante ans.Ce bref récit, qui prend la forme d’un journal tenu l’espace de quelques mois, nous parle du couple et de la solitude, de la vie et de la mort. Avec la pudeur qu’on lui connaît, Gilles Archambault arrive, comme dans ses oeuvres de fiction, à nous faire toucher l’essence même de la vie, de l’amour, à travers le quotidien le plus attentivement traduit.

Une critique de ses cinq oeuvres se fera dans les semaines à venir, puisque je participe moi-même à ce cheminement. Peut-être saurez-vous en avant-première à quel auteur se verra attribué le prix littéraire des collégiens, un prix quand même très attendu dans le monde de la littérature québécoise.

Ps: J’ai particulièrement un bon « feeling » pour le roman Qui de nous deux? 

Karo